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WWOOFING IV : le semis de la Force

Alors que sortait il y a peu le septième épisode de la série STAR WARS, notre franchise à nous « WWOOFING IN USA » place humblement aujourd’hui son quatrième opus. Parce que finalement ces histoires de Force, de formation et de résistance à l’Empire c’est « un peu comme la fois où on a fait du wwoofing aux Etats-Unis »… à Ashland, Oregon.

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Il y a bien un longtemps, dans une galaxie  lointaine, très lointaine… Alors que des empereurs mégalos s’obstinent à construire des étoiles de la mort, des centrales à charbons et autres ponts autoroutes à 6 voies qui passent au-dessus d’une « petite » quatre voies, Neil Stewart a, lui, décidé de consacrer sa retraite à la construction d’un serre/sphère à pisciculture. Le maître n’est pas seul, il peut compter sur son apprenti, London, et de temps à autres sur des wwoofers. Durant deux semaines d’octobre 2015, les wwoofers c’était nous !

Maître Neil

Neil n’est pas du tout un fermier. Il construisait des maisons, « il y a les architectes et les ingénieurs, moi j’étais entre les deux, un créateur ». Mais pas que. L’homme semble avoir eu mille et une vies. Professeur dans un collège dans le désert, voyageur fou à bord d’un schoolbus (qu’il garde tel une relique dans son jardin) et même réalisateur de films de science-fiction (nous en avons vu un, attention ça décoiffe !!!). Même aujourd’hui il est difficile de le cerner complètement. Complotiste  ufologue ou vieux hippies fortuné amoureux de sud de la France ?  Démocrate, républicain ou libertarien ? Sith ou Jedi ? Difficile à dire comme difficile de croire que ce « papy » de 70 ans, avec son chapeau de paille dirige encore une société, élève un marmot trop cool de 18 ans et anime l’émission « Never on the Radio » tous les jeudis à 2h p.m sur KSKQ 89.5 la radio communautaire d’Ashland. Il y passe ses vinyles et commente l’actualité. Il faut le voir se préparer et partir avec son petit sac en toile rempli disques vinyles… Trop choupi ! Maître Neil accueille en plus de wwoofeurs, des étudiants (principalement asiatiques allez savoir pourquoi). Vous l’aurez compris, le natif de Los Angeles a le cœur aussi gros que sa ville natale et il aime le garder sur sa main. Le mec se construit aussi une greenhouse où il mène ses expériences sur la Force…

Mures jaunes... C'est ça la Force (obscure?)

Mures blanches… C’est ça la Force (obscure?)

La greenhouse possède deux salles principales. Dans l’une Neil a construit une serre de tomates en hydroculture chauffée par une merveille de « four russe » en brique. L’objectif, contrôler la force et faire pousser des tomates toute l’année. L’autre salle abrite un prototype de pisciculture. Le concept, le pipi et caca de poissons et un filtre de minéraux enrichissent l’eau qui nourrit les plantes. Le liquide est ensuite filtré par la terre et d’autres cailloux. Les poissons sont eux nourris avec ce qui pousse. Un cycle fermé qui sera non polluant lorsqu’ils auront résolu la source d’énergie de la pompe à eau. La Force propre.

Inside the green house...

Inside the green house…

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Ce qui se passe dehors est du domaine de London. Ce père de deux petites padawanes blondes vient tous les week ends et certains soirs après son boulot dans le bâtiment, s’occuper du potager et de la ferme. Encore une crème, le mec est trop sympa, et nous avons tellement apprécié les journées de travail avec lui, même lorsqu’il s’agissait de récupérer du crottin de mule sous le cagnard ! Le genre de personne qui te donne foi en l’humanité. Un peu moins lorsqu’il frôle le côté obscur « nous on ne pante pas de beuh par ce qu’on a déjà des flingues ici et puis avec les gosses » … Ou lorsque ces potes viennent le visiter et qu’il sort de son coffre un gros fusil à pompe genre « regardez, je faisais les magasins l’autre jour et j’ai craqué ! ». Il faut dire que dans l’Oregon on aime bien les armes à feu. Neil aussi est pro gun. « Il n’y a rien de plus beau que de chasser pour nourrir sa famille », pas faux, « puis si un gars veut vraiment tuer quelqu’un, avec un gun ou sans il peut le faire », mouais, « puis ici il faut se défendre des bêtes sauvages ». Nous avons failli rigoler mais ce serait vrai. Si l’irruption d’un ours affamé se fait plutôt rare, il est courant dans cette région de l’Oregon, que des cerfs un peu nerveux fassent une descente en ville. Et apparemment un cerf qui a faim et/ou une mère cerf, ça peut être violent !!! A Ashland « le monde se divise donc en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé » et ceux qui défendent la vie des cerfs… Bref les siths comme les jedis ont des sabres lasers. L’important étant de ne pas tomber du côté obscur. Ne serait-ce qu’une seconde. Non comme Chris Harper Mercer auteur d’une fusillade sur le campus de l’ Umpquia Community Collège, à Roseburg, Oregon, le 1er octobre dernier, alors que, à moins de deux heures en voiture, nous coupions les ronces qui envahissaient le potager de London… Néanmoins, c’est quand même plus dur d’ôter la vie à quelqu’un avec une branche d’arbre qu’avec un sabre laser, autant donc ne pas les distribuer à qui le veut (enfin sauf pour les fabricants de sabres lasers).

Jardin garage.

Jardin garage.

Rencontre du troisième type

En plus de London et Neil, nous avons connu Benedict. Vous allez penser que nous exagérons et embellissons le voyage mais non… Encore un gars tip top chouette ! Et avec une histoire folle aussi. Jeune, le teuton était un peu geek jusqu’à que de façon plus ou moins inexpliquée il passe du groupe des intellos à celui des cools du lycée. Après des années « rock‘n roll » durant lesquelles il alterne luminosité et obscurité de la Force, il commence à travailler dans la musique de film, puis déménage à Atlanta avant de tout claquer pour la production d’un « documentaire poétique » sur le cœur et l’ouabaïne ; un remède quasi miracle pour le cœur ignoré des grandes compagnies pharmaceutiques. Nous avons bien sympathisé avec celui qui a été notre coloc’ pendant ces deux semaines de travail à la ferme. Nous partagions en effet la guesthouse au-dessus de l’atelier de Neil ; une énorme pièce de 90m² assez bien équipée, avec petit balcon… La cohabitation s’est super bien passée, même si côté ménage nous n’étions pas toujours sur la même longueur d’onde… « Nous t’aimons quand même Ben ! ». Surtout lorsqu’il raconte des histoires en mode 6 PO aux ewoks avec des bruitages onomatopiques de fou et à rallonge « Et là une explosion : Prouuuuuh parrrrrrr frooooooooo…. Prow prrrow prrrrrrrrrrrrrrrrrrrooooooowwwwwwwwww…. Baaaaaaaaaam…prow !!!! ». Ah Benedict… cœur avec les doigts pour toi !

Tracateur qui fait vroum, vroouuuuuuuum vrrrrrooommmm!!!

Tracteur qui fait vroum, vroouuuuuuuum vrrrrrooommmm!!!

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Durant deux semaines nous avons donc eu une petite routine des plus sympatoche. Levé 6h30, direction la maison, « salut la mule ! Salut les mouts’ ! », petit dej’ « en famille » avec Neil et Will, direction la greenhouse, « salut les ducks ! », jardinage et/ou retapage de la greenhouse, pause repas, un peu plus de travail, aprèm’ tranquilou ou travail à la bibliothèque, apéro coucher de soleil sur la terrasse avec bières artisanales en regardant le vol des canards, diner, petit film, tisane et dodo !!! Le week end, match de football universitaire ou flânerie dans la ville. Ma vie rêvée en Oregon quoi…

En plus Ashland est une ville super mignonne. Nous allions faire nos courses au Shop’n Kart, bouffer des burgers à The Wild Goose Cafe & Bar ou au Louie’s, prendre un café au Roasting sur Main St, au Zoey’s, ou, lorsque nous étions plus pressés, au drive in de Dutch Bros. La Southern Oregon University apporte à la ville une petite brise de jeunesse et l’Oregon Shakespear Festival sa touche de culture et de billets verts. Ajoutez  à cela un superbe parc au milieu du bled où l’on peut croiser des biches et des quartiers résidentiels charmants ou l’on peut croiser… des biches !

Oui c'est un panneau "attention passage de canards" derrière...

Oui c’est un panneau « attention passage de canards » derrière…

Un vrai petit paradis sur terre qui est aussi une zone de culture du cannabis (voir article The Weed Coast), qui jouit d’une situation économique assez confortable, d’une population un peu bohème et est situé dans une belle région, entre les vignes de l’Applegate Valley et à deux heures de la côte pacifique à l’ouest (trop belle, l’article c’est par ici), du Mt Shasta en Californie au sud et du Crater Lake au nord. Petite parenthèse sur ce dernier, c’est un des endroits les plus froids du pays ; et nous avons été plutôt surpris lorsque nous nous y sommes rendus !!!

Froide surprise...

Froide surprise…

c'est quand même joli hein!

c’est quand même joli hein!

Même les astres étaient avec nous ! Lors de notre passage chez Neil, l’alignement de la lune, du soleil et de notre bonne vieille planète terre a donné lieu à une éclipse rouge, qui à elle donné lieu l’organisation d’une Blood Moon Party  par notre hôte ! L’occasion de connaître quelques-uns de ses amis, dont Christine, son amie française extravagante de toujours à l’accent à vous découper un Stormtrooper au sabre laser ! L’occasion également pour Goyette de se faire dragouiller par deux whitetrash prépubères potes de London (j’en rigole encore !!!) … Nous nous sommes régalés, d’autant plus que Neil est amoureux de la bonne bouffe et du bon vin.

Heureusement les meilleures choses ont une fin. Ainsi nous en gardons un souvenir impérissable que nous nous délectons de narrer à qui veut bien l’entendre au détour d’un café, à l’angle d’un zinc ou les cuissardes dans l’eau, en mode « Et au milieu coule une rivière » …  Canne à pêche dans une main, bière dans l’autre. Entre le passage d’un ange et le mordage d’une truite arc-en-ciel, la vision d’une biche… « Tu l’as vu ? ça me rappelle la fois où on a fait du wwoofing chez Maître Neil, aux Etats-Unis, à Ashland dans l’Oregon » …

De gauche à droite : Princesse Goyette, Uncas Solo, Maître Neil et Benedict

De gauche à droite : Princesse Goyette, Uncas Solo, Maître Neil et Benedict

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