phare mackinac island

WWOOFING aux USA_Part 2

Lors de notre semaine de wwoofing à Detroit chez Noah, on avait connu le top ; et c’est un peu avec la peur d’avoir déjà passé la meilleure partie de notre trip autour des Greats Lakes qu’on se dirigeait vers Charlevoix pour notre deuxième expérience agricole. C’était sans compter sur la famille D. Entre animaux empaillés, ballades à vélos, petit film « en famille » après le diner, et plantage de poivrons, on a connu le top du top! Et en plus ils nous ont offert la bande son de notre séjour. Esquisse d’une aventure pleines d’Histoire et d’histoires… A lire en écoutant Bartering lines de Ryan Adams (et pas Brian Adams!).

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Notre maison rien qu’à nous là bas!

Le 27 juin 1844, deux cents émeutiers au visage peint de noir s’attaquent à la prison de la ville de Carthage, Illinois. La raison de leur colère s’appelle Joseph Smith Jr., fondateur de « l’Eglise de Jesus-Christ des Saints Blablablas »… les mormons quoi. Surement guidé par le même ange qui lui avait confié la parole divine sur des plaques d’or, l’homme tente de s’échapper par une fenêtre, tombe et meurt. Privés de leur « président » et surtout personas non grata dans tout l’est américain, les mormons, désormais guidés par Birgham Young, s’exilent à travers les rocheuses vers ce qui est alors encore territoire mexicain et qui sera leur Babylone à eux : Salt Lake City (actuelle Utah). Tous les mormons ? Non ! Une poignée d’irrésistibles mormons résistent encore et encore à l’est, décidant de suivre le chef James « Abraracourcix » Strang. Originaux, ils se feront appeler les strangistes. Ces fous… euh ces mormons s’installent en 1848 sur une île au nord du lac Michigan : the Beaver Island.

Deux ans plus tard, ils établissent le « Mormon Kingdom on Beaver island » et couronnent Strang. La minorité et les castors subissent la loi arbitraire des strangistes, à tel point qu’un complot est organisé le 16 juin 1856, incluant notamment l’équipage du, paraît-il, fameux navire de l’american navy, le bien nommé USS Michigan. Quelques coups de bâtons et deux balles dans le dos plus tard, le king est transporté jusqu’à Voree où il meurt le 9 juillet 1856. Il n’y aura aucune poursuite contre ses assassins. Les strangistes sont une fois de plus poussés à l’exil ; ils seraient environs trois cents aujourd’hui, et ont leur QG à Voree, Wisconsin. Après leur départ, l’île se transforme en une zone de non-droit jusqu’à son rattachement au comté de Charlevoix en 1895.

C’est durant les années d’anarchie de l’île, que s’y installe un certain Monsieur D, venu d’un royaume un peu plus stable, celui de Leopold II. L’histoire ne dit pas pourquoi le belge est venu se perdre sur cette île, ni s’il a trouvé sa femme sur place ou s’il l’avait dans ses bagages. Le fait est qu’il donne naissance en 1886 à John A. D. Après plus de quarante-cinq ans sur l’île, ce dernier met, en 1925, ses économies sur une ferme et des terres, toujours dans le comté de Charlevoix, mais sur le « continent », à quelques miles seulement de la ville. C’est l’un de ses petits enfants, Carl, qui a repris le négoce familial et vit aujourd’hui avec sa femme et ses trois filles dans la D Farm.

ferme de Carl

Lorsqu’on débarque à Charlevoix, on croyait un peu avoir tout vu… Chicago, des Amishs, les étudiants d’Ann Arbor, Detroit, Grand Rapids (la ville où a été tourné American Pie), la côte ouest du Michigan et ses crazy sunset, risquer nos vies dans le camping des Sleeping Bear Dunes, visiter les dites-dunes, coincé la voiture dans du sable, s’être fait sauver par des white trash tatoués de croix gammées, parler à des rangers, traverser des ponts suspendus, découvert dans la « république de la cerise » qu’un cerisier fleuri ça sent le foutre, la quasi panne d’essence, les barbecues américains… Bref on croyait être rodés. C’était sans compter sur nos chouchous du Michigan qui nous ont fait passer une semaine merveilleuse! Le rétroviseur central m’a dit que Goyette aurait versé quelques larmes alors que nous disions adieux aux D et au Northern Michigan, sur le Mackinac Bridge… mais chut… it’s a secret

Le Mackinac bridge

Le Mackinac bridge

Une histoire est belle avant tout grâce à ses personnages. Ceux de celle-ci sont le top du top! Présentation : Carl, le papa, l’âme du lieu, l’une des douze descendances, des seize descendances de John. C’est lui qui gère la ferme, la prod’ ; il est the brain of the farm. Mais le fermier est plein de ressources… il est aussi taxidermiste! On a visité son atelier, c’est fou! A ne pas faire seul la nuit… Des pumas, des poissons, des cerfs, un ours, des loups… je vous laisse imaginer les murs du salon! L’homme est silencieux et pèse ses mots ; il est également sourd d’une oreille. Un loup solitaire, entouré de quatre femmes, qui adore qu’on le questionne sur ce qu’il fait, la région où il vit et la famille dont il vient. Un mec bien et attachant. Je veux trop être toi plus tard Carl!!!

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Carl s’occuper « d’empailler » les poissons des vainqueurs du concours de pêche de l’année dernière

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des deers

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On y trouve de tout dans son atelier!

Sa femme, Cornelia, nous vient d’Allemagne. Elle quitte son pays natal à ses 17 ans afin d’étudier la danse dans le Colorado. Elle ne reviendra jamais sur ses terres, la faute à un timide michiganer. En plus d’assister son mari à la ferme, elle se charge de la vente des produits sur les marchés du coin. Elle en profite pour vendre également sa production de céramiques et de bonnets en laine (qui d’ailleurs défoncent !). Bavarde et curieuse, elle est un peu la porte-parole de la ferme. Alina est la majeure des trois filles. C’est la sportive, celle qui pense récupérer la ferme un jour. Elle doit être aujourd’hui en train de parcourir le vieux continent, entre woofing, tourisme et visite de sa famille en Allemagne. Elle a étudié à l’Aquinas College, une fac qui « encourage les étudiants à changer le monde en leur fournissant un enseignement artistique libérale avec les valeurs dominicaines chrétiennes », à Grand Rapids, Michigan. C’est pour la Californie que la cadette est-elle normalement partie. Alaska, oui « Alaska, Alaska », on l’imagine d’après notre regard d’européens bassinés aux teenage movie américain, comme la meuf « populaire ». Vous voyez dans la hiérarchie des lycéens, c’est celle qui fait chavirer le cœur de tous les garçons et qui sort qu’avec les joueurs de foot (même si son petit ami n’avait pas l’air d’être joueur de foot, d’ailleurs était-ce son petit ami ? Bref). Elle, même si elle aide quand même à la ferme, plus que les radis et les courges, c’est plutôt la musique. D’où son depart pour le Golden State et le Young American College of the Performing Arts. Alaska veut être chanteuse de christian rock! Une sportive et une musicienne, vous l’aurez deviné, la benjamine se devait de porter des lunettes et de passer son temps sur sa tablette, à lire des bouquins ou dessiner (tout sur l’ordi si ce n’était pas clair), d’être un peu timide et toute menue. Elle, c’est Irah. Celle qui ramasse des oiseaux blessés et essaie de les soigner. Une geek des champs. Ils ont aussi un chien, évidemment… Tous plus gentil les uns que les autres. Une famille parfaite dans une ferme du Nord-Michigan.

Cornelia pause café

Cornelia

Et là je mets ma Bible à brûler que vous vous dites, « mais ils ont débarqué dans la petite maison dans la prairie»! Pas vrai ? Bah c’est ça, avec une jeep à la place des chevaux des Ingalls (Pat et Patty, mais vous le saviez déjà…). Je me moque, je me moque mais c’est parce qu’on a vraiment passé une super semaine. Premier dîner avec la famille, la maîtresse de la maison nous sert un petit ragoût de biche. Bim ! Direct, un petit bambi chassé par Alaska elle-même l’automne dernier ; photo à l’appui. Le samedi soir, c’est petit feu en famille durant lequel on se fait des « S’more »,  mashemallow grillé trempé dans du chocolat fondu et coincé entre deux tranches de biscuit Graham. Le nom de ce dessert léger et raffiné provient de « some more », car il serait impossible, à l’instar des granolas, de n’en manger qu’un! Et Carl râlant de temps en temps lorsque ses filles font tomber trop de mashemallows dans le feu, « carreful it’s expensive ». Ils nous ont même payé une journée de vélo sur la magnifique Mackinac Island, une île interdite aux voitures. Là où se trouve l’Arch Rock et les meilleurs fudge au chocolat!!!

Lasalle mackinac island

sapin mackinac island

couleurs de l'eau mackinac island

Mais on a aussi bossé attention! Et pas qu’un peu ! C’est d’ailleurs la ferme où l’on a le plus appris je pense. Perso j’ai kiffé raccourcir les tifs des rhubarbes, moins drainer les lignes des protections pour les courgettes (surtout lorsqu’il pleut des cordes !!!), même si le résultat final est huge. Maintenant que j’y repense c’était bien physique chez les D… mais aussi technique, ne nous méprenons pas. Il faut en effet des doigts de fées pour le « semis intérieur ». Pardon, l’habitude… quand on plante les graines dans des bacs à l’intérieur afin qu’elles germent au chaud et soient plus résistantes lorsqu’on les sort au grand air et pleine terre (je viens de chercher le terme sur internet… « si tu sais pas, demande a wikipedia» !). C’est ce jour là qu’à un moment Cornelia me dit « take a seed » et que je lui répond du tac o tac, « i’m fine standing, thanks »… Après, bon bah les classiques labeurs. Sauf que pour un oignon planté chez Noah, il y en a quatre à planter chez Carl ! On les a aussi aidé à préparer le wedding corner, appris des techniques de protections spéciales pour certains légumes, comme les choux frisés, ou encore planter des oignons… et des oignons aussi, encore et encore ! Côté confort, ils nous avaient préparé une petite cabane au fond du jardin avec lecteur VHS assorti d’une collection de classiques. On s’est fait « Quatre Mariage et un Enterrement » et « Jurassic Park 2 », enfin « Le Monde Perdu : Jurassic Park » pour les puristes. Bilan, on ne sait pas qui d’Andy MacDowell ou du tyrranosaurus rex est le plus insupportable…

rhubarbe sous la pluie

Ramasser de la rhubarbe sous la pluie…on adore!

C'est mignonot la fleur de rhubarbe:-)

C’est mignonot la fleur de rhubarbe:-)

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ouais Goyette a conduit un 4*4 avec remorque!

Quand on n’était pas à la ferme, on allait se promener dans le coin, voire les mouettes pêcher les poissons dans les eaux glacées du lac Michigan, ou « en ville », à Charlevoix, ville typique du Nord-Michigan, faire du shop ou nous payer notre dose d’internet à la bibliothèque municipale. C’est durant l’un de ces temps d’errance à travers cette jolie petite ville, qui après avoir été un port important au XIXème siècle, est devenue une ville plutôt touristique qui triple son nombre d’habitant en été, que nous franchîmes la porte du 103 Park Avenue, la pancarte annonçait Roquette Burger Bistro, « Local Burger,Local Ingredients ». Et c’est là que les mots me manquent… Le Jordan du burger ? Non non, Jordan a perdu trop de matchs… Le Mozart ? Non non, aucune arrogance dans ce burger… Du contact avec ce pain chaud, ni trop mou, ni trop croquant, à cette sauce aux champignons sauvages … aaaah! Pourtant j’espère ne jamais y retourner, « la félicité se situe en effet en marge du temps et nie toute relation entre celui-ci et la vie»; cela serait un risque trop grand de souiller le souvenir de cette expérience culinaire divine en voulant l’imiter.

En plus de l’agriculture, la céramique et les bonnets, les D vivent de leur grange qu’ils ont aménagés en salle d’évènements. Ainsi sont organisés à la ferme des concerts comme des mariages ou autres fêtes en tout genre. Si vous voulez vous marier dans le Michigan (Goyette ?), fêter votre prochain anniversaire où aller voir le prochain concert de Breathe Owl Breathe, vous savez désormais où vous rendre. En arrivant du sud du Michigan par la US Highway 31, prenez à droite sur Ferry Road, puis à gauche sur Barnard Road ; là vous ne pouvez pas manquer la ferme, il y a une énorme pancarte avec un chat noir devant une montagne. Au cas où, le site internet : http://www.blackcatconcerts.com/.

la ferme de carl

On a quitté les D un 26 mai, jour du Memorial Day, durant lequel la nation commémore ceux qui sont tombés pour elle. Nous sommes donc tous allés en ville pour la cérémonie. Afin que l’histoire soit parfaite, c’est Alaska qui chanta l’hymne américain cette année-là. Après de sincères embrassades (et une poignée de main viril avec Carl pour ma part, on est dans le Michigan oh!), nous remontâmes dans notre berline de location, le coffre un peu plus lourd de souvenirs, d’expérience et d’amis, direction la péninsule nord du Michigan : The UP

Merci les D !!!

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