smiling baby

WWOOFING aux USA_ Part 1

Il y a des histoires qu’on ne se lasse pas de raconter, encore et encore, un peu comme ce grand père qui de sa voix tremblotante lâche le « je t’ai déjà raconté la fois où… », « c’est comme la fois où… » ou bien le « ça me fait penser à la fois où… » et qui se termine inexorablement par cette histoire de train annulé, de la grand-mère et d’un bouquet de fleurs. Et bien si vous me croisez un jour vous risquez fortement de m’entendre dire « c’est comme la fois où on a fait du wwoofing aux Etats-Unis ».

Peut-être devrais-je d’abord commencer par expliquer ce qu’est le « wwoofing ». L’idée nous vient de l’Angleterre des années 70 et du désir d’une dame, Sue Coppard, de permettre aux citadins de découvrir la campagne en soutenant par la même occasion l’agriculture biologique. Le phénomène prenant de l’ampleur les « Working Weekends on Organic Farms » sont devenus les « World-Wide Opportunities on Organic Farms » et ont pour objectif de « mettre en relation des personnes désireuses de découvrir et de participer au monde agricole biologique et écologique avec des fermiers, des professionnels de cet univers ». L’idée est donc de séjourner (quelques jours, semaines, mois et si la mayonnaise prend peut être des années qui sait ?!) chez un producteur bio. En échange d’environ quatre heures de « travail » par jour, vôtre hôte vous offre couverts et logis.

Dans la pratique c’est aussi simple que dans l’idée: vous vous abonnez à wwoof.fr, ou woofing.fr (le premier fait partie du réseau mondial, le second non car alternatif, je ne me suis pas renseigné d’avantage sur les différences). Si vous avez des envies de Guiness vous pouvez tout à fait vous rendre sur wwoof.org.ie, des envies sushis sur wwoofjapan.com ou bien comme nous de motels et de burgers, sur wwoofusa.org. Vous l’avez compris, le monde est à vous, enfin presque, la liste des pays est sur le site (http://www.wwoof.fr/monde.htm ). Une fois l’inscription (contre rémunération) bouclée, vous avez accès aux mails et adresses des hôtes, ne vous reste plus qu’à les contacter et se mettre d’accord sur les dates! On trouve toutes sortes d’hôtes et de fermes. Certains sont des professionnels, d’autres des passionnés qui ont une activité principale à côté, des associations ou des regroupements de voisins.

Intéressés par le phénomène des fermes urbaines, l’objectif principal de notre voyage était de connaître celle qui est à la fois Motor City et la Mecque des « urban farms » : Detroit. Le reste nous l’avons défini dans les grosses lignes en amont, puis ça s’est précisé sur la route. Résultat final, un road trip dans la région des Great Lakes d’un peu plus de trois mille miles sur quatre états et six semaines ; quatre fermes visitées, des dizaines de villes et villages au nom plus fous les uns que les autres (Shawano, Wisconsin, ou Paradise, Michigan, pour ne citer qu’eux) et des centaines de « trucs » qui sont à la croisée du sentiment et de l’information, du fait et du souvenir, de l’avis et de l’anecdote, et que nous voulions partager.

Voici donc à continuation l’histoire de la fois où on est allé faire du wwoofing aux Etats-Unis…

1600 Lawrence Street, Detroit, Michigan. C’est là, dans un de ces quartiers au 3/4 vide du midtown, que Noah et Alex, deux amis nés à Laingsburg, MI, ont créé Food Field. Depuis février 2011, les deux partenaires participent à deux des projets les plus intéressants, et finalement interdépendants, de ce début du XXI siècle ; la revitalisation de Detroit par/et le développement de l’agriculture (bio) urbaine. C’est à dire, créer un « modèle économique viable et performant d’agriculture locale à l’échelle de la ville afin d’écarter notre économie du modèle industriel qui empoisonne l’environnement et détruit ses richesses. Nous voulons montrer que l’agriculture peut être une véritable carrière, saine et agréable ». Pour cela ils ont donc acheté un terrain vague de quatre acres où s’érigeait jadis un couvent, et en ont fait une véritable ferme, et intégré le réseau des Community Supported Agriculture (CSA), l’équivalent urbain des AMAP françaises. Ils ont également un stand tous les samedis à l’Eastern Market et fournissent un groupe de restaurants de la ville.

Pesée des salades

Pesée des salades

Produits pour le marché

Produits pour le marché

Nous passerons une petite semaine chez Noah. Diplômé de l’Université du Michigan, celle du Fab Five, des Wolfverines et du fameux M jaune, notre hôte ne s’est frotté que tardivement à l’agriculture puisque 2011 fut sa première saison en tant que véritable fermier. Auparavant il n’avait eu qu’une expérience de wwoofer en Inde (où il a étudié, ainsi qu’en Angleterre, Tanzanie, Nouvelle-Zelande et Mexique), un potager à la maison et quelques années chez Tantre Farm. Le mec a aussi été militant en Palestine… Nous ne verrons jamais Alex qu’il nous présenta comme son « partner » ; et si bien évidemment par « partner » il entendait associé, notre niveau d’anglais nous murmura « petit ami » à l’oreille… Le quiproquo sur l’orientation sexuelle de Noah écoulé, nous avons passé une super semaine à travailler, de 9h du mat’ à 14 ou 15h, puis à nous balader à travers Detroit la surréaliste. A l’époque Noah vivait dans une coloc’ d’une dizaine de personnes, tous forts sympathiques d’ailleurs. Aujourd’hui il habite, si je ne m’abuse avec Henry, son acolyte à quatre pattes, dans un ancien conteneur retapé en coquette demeure au milieu de la ferme.

maison de noah detroit

La maison de Noah

Henry

Henry

Au programme de nos journées de doux labeurs, plantage d’oignons, de haricots et de fraises ; application de la  « méthode Soltner », qui consiste en gros à protéger ses plants grâce à de la paille ; arrosage évidemment ; et surtout, nous avons « weedé », c’est-à-dire, retiré la végétation non souhaitée  dans un ancien terrain vague, imaginez un peu le travail…

lignes d{oignons

Oignons!

weeding weeding

Weeding, weeding, weeding….

Pas mal de personnes viennent aider Noah ; gratuitement et parfois contre rémunération. C’est le cas de Randy et sa petite copine avec qui nous avons sympathisé. Cette dernière, dont nous avons, vous l’aurez compris, complètement oublié le prénom (on ne juge pas !), nous a fait le coup nullesque du « serial killer » version « dictator ». Parlant du Liberia (elle y est allée comme observatrice lors des dernières élections présidentielles) :

– Yes before it was Charles Taylor the president no? A terrible dictator!

– Terrible what?

– Dictator.

– A what?

– A “dictator”…

– …

– A dictator, un “dictateur” in French…

– Ok! A dictator ! Yes a dictator !

Forcément c’est plus drôle dans le feu de l’action…

Des gens chouettes, une ville où tout est à inventer, l’aura de la Motown et le fantôme de J-Dilla qui gambade dans les rues désertes de la ville, on se serait bien posés plus longtemps à Detroit. On espère en tout cas y revenir ! Fool Field est un superbe projet et nous sommes réellement heureux d’y avoir contribué (même si nous n’apparaissons pas dans le hall of fame… méchant Noah !!!). L’atmosphère du lieu, ce qu’il s’y fait et le contexte de Detroit, laisse entrevoir une alternative, peut-être pas post-capitaliste, mais une certaine radicalité en devenir, concrète et viable. Cerise sur le gâteau, y vit le plus chou de tous les labradors du midwest, Henry !!! L’ambiance fait qu’on se retrouve à s’émerveiller de choses simples, au point de se surprendre parfois à dire des phrases un chouya béates… Un peu comme Randy s’adressant à Mike, beau gosse barbu venant du Missouri :

-Are you eating a radish? Awesome dud !!

Radish

Radish

us

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