vaches

Wild wild oeste

L’Uruguay n’a rien à envier aux Etats-Unis; ou si peu… Aux cow-boys du géant du dessus, le petit du dessous répond avec ses gauchos, aux vaches hormonées avec ses vaches d’estancia, à Miami par Punta del Este, au Grand Canyon par… euh… le Cabo Polonio. Vous ne me croyez pas? Ok… Vous allez voir ce que vous allez voir! Suivez-nous dans le Wild Wild West uruguayen! Ne vous inquiétez pas, ici aussi on a réglé le problème indien…

Un épais brouillard recouvre la capitale orientale lorsque nous mettons cap vers l’ouest. Le train de 3h10 pour Yuma étant déjà passé, c’est dans une vulgaire voiture de location grise nuage 16 chevaux que nous débutons notre chevauchée sauvage; le ventre plein d’un petit Mc Morning. On est ricain ou on en l’est pas. Au début c’est le grand Silence, Goyette roule à 20, il faut dire qu’on y voit pas grand chose, les squatteurs de la banquette arrière roupillent et l’auto radio ne fonctionne pas; ce qui est bien dommage soit dit en passant car on avait ramené l’album d’Alfonso Salas & la Chuck Norris Band, notre Johnny Guitare à nous. Petit à petit le soleil reprend ses droits et nous atteignons Nuelva Helvecia, notre première escale, sous un ciel bleu.

On the road to Fray bentos

On the road to Fray bentos

Un western oriental

Le premier saloon ouvert que nous croisons a des allures de chalet suisse. Le service est lent, long mais courtois. On sort la carte, “histoire de”, mais il n’y a en réalité qu’une seule route qui mène à notre second objectif: Mercedes. Nous quittons donc la Colonia Suiza en nous promettant d’y revenir, Goyette pour la fête du chocolat, Alexander (notre pote allemand) et moi pour celle de la bière. Arthur Martin (notre pote français) n’est pour l’instant que l’ombre d’un dead man, tout malade, mais mon petit doigt me dit que lui le chocolat bon… Il y a pas mal de bleds de ce type, fortement marqués par la nationalité de leurs “Pères Fondateurs”; Nuevo Berlin, Young ou San José. Petite dédicace au dernier, où ont émigré au début du XXème siècle les membres d’une secte russe baptisée “Nuevo Israel” et qui sera le théâtre d’une représentation à (toute) petite échelle de l’histoire du siècle, notamment durant la guerre froide (la dictature alla même jusqu’à évoquer la présence d’un sous marin soviétique dans le Rio Negro devenu la Rivière Rouge!).

 lavadero automatico mercedes

centro alas

Entre les deux pueblos, des plaines à perte de vue. Et des vaches. Et des pueblitos. On s’est rendu compte que si le passe disque ne fonctionnait pas, la radio oui. Du coup on écoute le 8ème de finale entre le Chili et le Brésil, le Grand duel sud-américain avant le Dernier face à face latino du jour, entre l’Uruguay et la Colombie. On mate le match dans un décor de rêve, écran géant (taille uruguayenne) sur la rambla de Mercedes, coucher de soleil au bord du Rio Negro, le tout en compagnie du Fantasma del 50 qui n’effraie plus personne même armé d’une Winchester 73. Sans Suarez, la horde sauvage celeste n’est plus assez mordante, elle s’incline 2 à 0 face aux cafeteros. On lève le camp à la fin du match et reprenons la ruta 2.

mercedes

Rambla Mercedes

match mercedes

Le match sur la rambla

coucher de soleil Mercedes

Viva la revolucion industrial!

Fray Bentos. C’est là qu’au début du siècle dernier, un jeune irlandais fuyant la famine rencontra une italienne qui devait essayer d’esquiver elle aussi les aléas de la misère. Mais que foutaient-ils loin des villes, perdus au bord du Rio Uruguay? Sorte de rio Grande pour l’Uruguay, c’est à dire protection anti illégaux argentins. On a tous des voisins génants… C’est qu’Il était une fois la révolution industrielle à Fray Bentos. Au milieu du XIXème, Justus von Liebig et son collègue Georg Giebert décide de comercialiser eux mêmes la découverte du premier “extrait de viande” en créant la Liebig Extract of Meat Company. A n’en pas douter le nom de boîte le plus sexy de l’histoire du capitalisme! Et où est-ce que les ancètres d’Alexander décident-t-ils d’installer leur usine? Ainsi, notamment grâce aux nombreuses guerres européennes, de la franco-prusséenne à la WWII, l’extractum carnis devient le hit culinaire de l’époque et par la même occasion Fray Bentos la “cuisine du monde” et l’El Dorado des personne à la recherche d’un nouveau départ ou de Josey Wales hors la loi… Le plat fût si populaire que Jules Verne en faisait même le petit-déjeuner de ses personnages dans De la terre à la Lune. Avec le temps la recette se modernise et l’on passe au corneed beef; au pays de l’asado on est à une côte du pêché capital, mais bon, la conserve donne du travail à des milliers d’ouvriers de la viande et indirectement à toute une région. C’est donc dans une cité ouvrière en plein essor perdue au bord du rio Uruguay qui sent le bouillon de boeuf, que naitra d’une union italo-irlandaise ma grand mère. Voici l’info véritablement importante de cet article, 1/8ème de mon blood est irlandais.

fenetres fray bentos

Fenêtre sur Fray Bentos

Mais avec l’impitoyable temps les trains sifflent trois fois et le travail s’en va. Malgré des investissements, des rachats, des reventes et l’Etat qui joue l’ange des maudits, les usines frigorifiques ferment vers les années 90’s. Aujourd’hui “l’Anglo” est devenu le Musée de la révolution industrielle, ce nom vient de la dernière société marquante qui a géré le lieu, Frigorifico Anglo del Uruguay SA. Le site devrait devenir d’ici peu patrimoine de l’humanité.

frigo

Frigorificos

Frigorificos 2!!

Frigorificos 2!!

frigos 2

 

La marque Fray Bentos existe encore mais la viande n’est plus uruguayenne, et les cinéphiles pourront se targuer d’avoir remarqué une conserve de la dite marque dans le Patient Anglais ou Gallipoli (“meilleur film” de l’histoire du cinéma australien, avec Mel Gibson). Même si quelques familles vivent encore dans la cité Anglo, c’est surtout un magnifique lieu qui se visite pour une poignée de pesos et où l’on sent, non plus l’odeur de la viande, mais celle d’un passé ouvrier révolu paraissant si lointain alors qu’il n’a pas un demi-siècle. La modernité est passée à l’autre extrémité de la ville, là où se trouve la polémique, celle qui a faché argentins et uruguayens plus que le foot, la paternité du tango et de l’asado réuni, la Papelera. Usine à papier qui pollue les eaux du fleuve frontière et qui a donc provoqué scandale de l’autre côté, là où il est aisé de manipuler le nationalisme exacerbé. Je ne reviendrais pas sur cette affaire qui finit au tribunal de la Haye tout de même; précisons juste que du côté argentin il y a d’autres usines aussi polluantes, alors c’est vrai pas directement sur le rio Uruguay, mais sur ses affluents… Sinon au fait “Falklands are and will stay british”! Pardon… Mais Fray Bentos ce n’est pas que des usines. Il y a une superbe rambla, des petites places toutes mignonnes, une gare à l’ancienne et un amphithéâtre en plein air avec vue sur le rio. Pour en savoir plus sur la night Fray bentoise, faudra repasser; après une journée on the road et un dîner de vrai viande arrosé de rouge qui pique, on était plus dodo avec le bison blanc que danse avec les loups.*

Pêcheur à Fray Bentos

Pêcheur à Fray Bentos

jeunes fray bentos

La rambla de Fray Bentos

Un long dimanche de pagaille

Captive aux yeux clairs de trois gars fous de foot, Goyette enchaine ballon (de foot et de vin) sur ballon depuis bientôt trois semaines; elle encaisse comme tunique bleue pendant le massacre de Fort apache. Heureusement en ce dimanche 29 juin, pas grand chose à se mettre sous la dent côté coupe du monde (Pays-Bas-Mexique et Costa Rica-Grêce). L’idée de la journée: rentrer à Montevideo en longeant le rio Uruguay. Las Canas, Dolores, Nueva Palmira, Carmelo puis Colonia la (nuit), une Chevauchée fantastique à travers l’ouest uruguayen, là où la lumière de soleil transforme les paysages selon les heures. Le rio a une importance économique des plus importantes puisqu’il est La porte du paradis, l’entrée vers le coeur de l’Amérique du sud pour toutes les marchandises arrivant par le Rio de la Plata. S’enchainent nature sauvage, gros (gros) bateaux de marchandise et ports. Dans la voiture il nous faut subir la programmation des radios locales, Alexander le plus sauvage d’entre tous est aux anges, surtout lorsqu’il s’agit de Rigth Said Fred I’m too sexy; c’était censé rester notre petit secret de Brokeback mountain mais vu qu’on a des pseudos ça risque rien!

Pour quelques dollars de plus on aurait pu partir plus longtemps et/ou plus loin encore dans le salvaje salvaje oeste uruguayen, mais il ne faut pas mettre la caravane avant les chevaux, tout le monde n’a pas la chance de Luck; certains n’en sont jamais revenu, ecrasés par une horde de cochons d’inde ou étouffés par un os d’asados. Le danger est partout. Ce qui n’effraie pas pour autant la bonne, la brute et l’allemand, et le fils du dernier des mohicans non plus! A bientôt donc pour la suite de notre conquête de  l’ouest uruguayen!

 vieux voiture

 

 

us

us

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *