Vendeur de pop sur la rambla

Uruguay no más_ Vol 4

On s’en va dans une semaine pile poil! Il est temps pour nous d’écrire le dernier « Uruguay no más » et pour vous de relire les anciens si vous voulez (les bizarreries des uruguayens sont sans fin…).  C’est dur de quitter un endroit. Surtout de quitter Montevideo. Chaque fois que j’observe cette ville en regardant à travers les vitres d’un bus, en déambulant sur ses artères ou en m’attardant dans ses petites rues, je l’aime encore plus. J’adore cette ville et son côté je suis une belle ville mais les touristes ne le savent pas et c’est tant mieux. Je vais regretter sa rambla, son allure de Détroit à la bien, ses coins de rues délabrées, ses marchés, ses dimanches calmes où on a la sensation d’être seuls quand on se balade, ses plages, ses coins de rues où d’un coup tu aperçois l’horizon et le Rio de la Plata, ses pavés défoncés qui les jours de pluies s’imbibent d’eau par le dessous et ruinent tes pantalons si tu marches dessus, le bruit des tambours le dimanche….

Les puces de Tristan Narvaja

Les puces de Tristan Narvaja

A Montevideo, on attend souvent le bus....longtemps!

A Montevideo, on attend souvent le bus….longtemps!

Je vais regretter notre quartier, Palermo, ses vieilles baraques colorées qui parfois laissent entrevoir leurs intérieurs sombres, ses cours que tu ne t’imagines pas avant de passer les portes, ses épiceries à chaque coin de rue, ce petit vieux au coin de la maison qui fume ses clopes dehors et qui ne répond jamais à mes sourires, cette petite mamie qui est littéralement tous les soirs à sa fenêtre au RDC en train de regarder les gens passer et qui a toujours un petit mot gentil à me dire (on devrait peut être lui faire rencontrer papi gronchon ça lui ferait du bien à lui…).

Bref Montevideo va me manquer. J’en parlais avec ma copine suisse allemande Ella, qui habite depuis 5 ans ici et elle me disait «  oui tout le monde a du mal a partir d’ici. Le truc de l’Uruguay c’est que les gens font tous pareil, boivent du mate, vont à la plage les week end et sur la rambla le soir quand ils rentrent du boulot. (Pour la bouffe c’est pareil. Je ne peux que me souvenir ici de la sensation que j’ai eu quand je suis rentrée dans un supermarché en rentrant en France en août, c’était en mode « Purée il y a de la sauce curry ! des steaks bio ! des haricots verts en boite ! ouahhhhhhhh »). Bref tu t’appropries les habitudes des uruguayens rapidement, te sens du coup uruguayen rapidement et tu as du mal à quitter le pays ». Je ne pourrais mieux l’expliquer. Merci Ella!

Vue sur le port de Montevideo

Vue sur le port de Montevideo

Enfin ne sortez pas les mouchoirs non plus ! On est super content de partir aussi (voire même pressés maintenant !) et de vivre cette aventure avec Uncas ! Et puis j’en avais un peu ras le bol de manger des pizzas et des chivitos. Et puis on nous a dit que la Colombie c’était sympa et l’Equateur aussi… Bref tout ça pour dire qu’on ne peut pas partir sans finir notre top des trucs chelous des uruguayens ou de l’Uruguay…c’est cadeau !

18ème truc à savoir: tout le monde connait le numéro de sa carte d’identité par cœur. Tu utilises ta carte pour tout ici, quand tu payes par carte bancaire au supermarché, quand tu achètes des billets pour un concert (WTF ???) ou bien quand tu veux laisser ton vélo dans le garage d’un shopping. C’est d’ailleurs là que ne sachant pas mon numéro de carte (car venant juste de l’avoir) et la cherchant dans mon sac, le gardien du garage me dit « mais attend tu as quel âge ? t’as pas eu le temps d’apprendre le numéro de ta carte ??? ». Deux trucs ont alors traversé ma tête : Youpi il ne s’est pas rendu compte que j’étais étrangère quand je lui ai dit « Hola que tal ? » (chose rarissime soi dit en passant… enfin si ! un jour dans un taxi un mec pensait que je venais de Rivera une ville à la frontière du Brésil dont les habitants sont connus pour avoir un accent un peu brasiliao…je ne sais pas du coup si c’était très positif mais on fait avec ce qu’on a !) et deuxième truc : youpi il ne s’est pas rendu compte que j’étais étrangère ! yeeehhahhah. Et oui il faut profiter de chaque mini victoire comme ça… Oui oui oui ! C’est comme prendre sa revanche sur tous les gens qui nous ont dit à Uncas et à moi… « c’est vrai que toi tu n’as pas d’accent quand tu parles Uncas on l’entend beaucoup plus chez Goyette ». Oui bah ça va on vient de te dire que ses parents étaient uruguayens et que moi ils étaient parisiens pure souche… tu veux un dessin pour mieux comprendre ? Si tu veux balancer des évidences comme ça tu n’as qu’à dire que parfois le ciel est bleu et que d’autres fois il est gris. Ca fera le même effet. Ouais je fais ma rageuse….

19ème truc : Ils ont un endroit qui s’appelle Abitab où tu peux tout faire (le système de prélèvement ou de virement n’étant pas du tout en place…). Et quand je dis tout c’est tout. Récupérer le trop perçu d’impôts, payer tes factures, toucher ta retraite, envoyer de l’argent à quelqu’un, recharger ton téléphone, jouer au loto, acheter des places pour le théâtre, payer ton électricité… et j’en passe. Il y en a à chaque coin de rue. Pratique.

port noir et blanc montevideo

Le port de Montevideo

20ème truc : beaucoup d’uruguayens ne savent pas nager. Hyper bizarre pour un pays qui possède quelques unes des plus belles plages que j’ai vu dans ma vie (et j’en ai vu des plages ah ça oui… la Loire Atlantique tout ça, attention ça me connait…), que sa capitale est littéralement bordée de long en large par le Rio de la Plata et que les uruguayens kiffent la plage. C’est inné. J’aime bien parfois balancer des grosses généralités comme ca bien infondées…ça fait du bien aussi tu vois d’arrêter de faire la course aux arguments …comment je pourrais vous prouver que les uruguayens kiffent la plage comme c’est inné chez eux ?  C’est comme… je lisais un hors-série de National Geographic sur le cerveau et il semblerait que des scientifiques aient prouvé que le bonheur relèverait plus de l’inné que de l’acquis je cite : «  des neuroscientifiques ont établi que la tendance d’un individu à avoir un caractère dominé par des émotions positives vient à plus de 60 % de son patrimoine génétique » Non mais sérieux… je me demande bien comment des études comme cela peuvent être menées ? On la connait l’histoire du fœtus qui récupère toutes les émotions de la mère… mais bon là…on se pose des questions sur la véracité des propos de ses neuroscientifiques quand même…non? Bref moi aussi j’ai le droit de sortir des trucs comme ça…un peu fou. Donc : les uruguayens kiffent la plage et pas mal ne savent pas nager. Je vois déjà ma collègue Maria me dire « ouais j’ai lu ton dernier article mais c’est n’importe quoi moi je sais nager… » (je lui fais une petite dédicace d’ailleurs en passant : je t’aime ma cocotte). Je dis donc bien beaucoup d’uruguayens pas tous hein ? Maria par exemple elle sait nager.  Mais c’est vrai qu’en fait il n’y a pas beaucoup de piscines. Et apparemment selon la tante d’Uncas (qui ne sait pas nager) les cours de piscine à l’école sont relativement très peu développés même si beaucoup d’efforts sont fait pour les mettre en place.

Montevideo we love u!!

Montevideo we love u!!

Divina rambla...

Divina rambla…

Bref ! beaucoup n’ont tout simplement pas l’occasion d’apprendre à nager. On le souligne pour ceux qui souhaiteraient aller en Uruguay pour qu’ils ne fassent pas la même gaffe que moi (bonne touriste française bien beauf et reloue parfois que je suis mais je le fais pas exprès je le jure) : type une fois une pote qui a trente balais environ me dit :

– « ouais viens dimanche on va à la plage ? »

– moi : « ok c’est parti pour baignade, soleil, otaries, bronzage. Cool !»

– ma copine : « je te préviens je ne sais pas nager »

… SILENCE….

-moi : (gros yeux) ouais vas y te moque pas, comment ça tu ne sais pas nager ? C’est quand j’ai dit on va faire les otaries ça t’a effrayé ou quoi ? »

– ma copine : « bah non je ne sais pas nager ».

Et là en fait le pire c’est que tu attends une explication, tu te dis elle va m’expliquer pourquoi : traumatismes, loup de mer croisé d’un peu trop près, rouleau de vague mal géré, propreté de l’eau à Montevideo douteuse.. des trucs comme ça quoi… mais non ça a été «  je ne sais pas nager. ». Point barre. Et en fait tu te rends compte quelle ne s’explique pas car c’est hyper commun. Plein de gens ne savent pas nager, ils n’ont juste pas appris. C’est dur de se débarrasser de ses idées préconçues. Toi-même tu sais. En tout cas vous êtes prévenus si vous venez dans le coin.

La plage de Malvin, Montevideo

La plage de Malvin, Montevideo

Coin sympa pour jouer au foot...

Coin sympa pour jouer au foot…

21ème  truc : beaucoup d’uruguayens, je ne me risquerais pas a dire tous mais je le pense fortement.. utilisent des barres de souffre contre le mal de dos (interdit en France car tu peux fabriquer des bombes avec!). Ca se présente sous la forme de petits bâtonnets jaunes que tu passes dans les endroits où tu as mal et c’est sensé te soulager. La première fois que j’ai découvert ça c’est Uncas qui m’en a ramené un jour de douleur dans le bas du dos. Pour votre gouverne je m’étais fait mal en jouant au tennis…oui oui je joue au tennis moi monsieur enfin je ne sais pas si jouer est un terme très approprié aux gesticulations que je fais sur un terrain mais au moins j’essaye… Enfin c’est toujours un peu dur… vous savez ces moments où vous avez l’impression de passer votre temps à courir partout, d’y aller à 100% mais que votre adversaire ne bouge pas d’un pouce car vous lui renvoyez systématiquement la balle dessus et puis en fait au final vous perdez tout le temps. Vous voyez ? Ouais d’accord….et puis ces gens qui disent « ouais vas y viens on va jouer ca fait longtemps que j’ai pas joué ca va être sympa ». Et toi : «  ouais ok cool, moi j’y ai joué un peu quand j’étais en CM2 » (je venais d’arriver de Paris dans un village dans le sud de la France et je me suis rendue compte que les jeux de gamins d’HLM et ceux de village à la campagne n’étaient pas du tout les mêmes. Type :

– « Viens la parisienne on va au bord de la rivière ! »

– « au bord de la quoi ? » (oui j’exagère mais laissez-moi !)»

ou bien « viens la parisienne on va faire un tennis ? »

-« un quoi ? » (là j’exagère pas).

Dans ma tête c’était roller, balle au prisonnier, jeter des jouets du 10ème étage, dauphin/dauphine… mono activités quoi… tu vois le genre. Bref ! le tennis j’y ai joué quand j’avais 10 ans, que mes nouveaux petits compagnons de classe me prêtaient leur raquette tout en me disant « non goyette on dit raquettE pas raquette ». Je rigole mais sur le coup je ne rigolais pas du tout… Tout ça pour vous dire que je me retrouve à jouer au tennis avec Uncas qui soit disant « ne sait pas jouer » et Alfonso qui « n’a pas joué depuis longtemps ». Alors il faudra peut être qu’on rediscute de la définition de longtemps je ne sais pas.. en tout cas.. je n’ai pas vu une perle de sueur sur leurs visages et les mecs jouaient comme des pros. Enfin bref… un jour je me fais mal au dos…mauvais mouvement, pas d’échauffement, plein hiver…. Je souffre le martyre, genre j’ai le dos bloqué. Et Uncas revient de la pharmacie «  tiens j’ai ramené des barres de souffre ». Je le regarde genre «  ouh purée il y a ses résurgences indigènes charrua qui refont surface là, je savais qu’on aurait dû rester cinq mois pas plus, je le savais ! Qu’est ce qu’il me chante là… je veux du medoc, du chimique, de la drogue, donne moi des pastilles quelque chose. Non le mec se ramène avec des barres de souffre :

– « alors je te les passe sur le dos et quand la barre fait crack ca veut dire que ca agit… »

– « euh… comment te dire… ».  (il y a plein de dialogues dans cet article c’est fou !!)

Non je blague c’est sympa les barres de souffre c’est folklo quoi. Et puis pas cher. Un jour on va à la pharmacie pour en acheter et Uncas dit :

– 2 barres de souffre siouplait !

– 4 pesos.

– Ah euh…je vais en prendre 10 alors.

Trop drôle. Vraiment. Je vous jure ça a pas l’air comme ça mais c’était vraiment drôle.

barres de souffre

Les barres de souffre ca se présente comme ça!

22ème truc (et pas des moindres) : ils font des neuf trop chelous et ils disent que c’est toi qui écris trop bizarre. Véridique. Non mais c’est qui l’européen là[1] ?? De même pour l’écriture attachée (voir Uruguay no mas Vol 3).

24ème et dernier truc : Bon ce n’est pas fou non plus mais ca m’a surprise la première fois qu’on m’en a parlé alors je partage ! La loi oblige chaque uruguayen à, au moins une fois dans sa vie, jurer fidélité au drapeau uruguayen et donc à la nation lors d’un acte solennel et public. Ce n’est pas moi qui le dit c’est la loi. Depuis les années 40 c’est comme ca. Et ca se passe en deux étapes.

Le 19 juin de chaque année, les élèves de ce qui serait l’équivalent du CP en France promettent fidélité au drapeau uruguayen. Ensuite en première année de secondaire, ce qui serait l’équivalent de la sixième (je crois ! j’ai jamais très bien compris le système éducatif ici donc pas sûre…) ils jurent fidélité au drapeau uruguayen. C’est hyper solennel. La première fois on leur demande « Promettez-vous de respecter et honorer le drapeau qui représente la dignité, la souveraineté et l’histoire glorieuse de notre patrie la République orientale de l’Uruguay ? »  Ce à quoi l’élève doit répondre : « Oui je le promets. » En sixième après on leur pose la question : « Jurez-vous d’honorer votre Patrie avec la pratique constante d’une vie digne consacrée à l’exercice du bien pour vous et vos semblables, défendre avec le sacrifice de votre vie, si cela est nécessaire, la constitution et les lois de la République, l’honneur et l’intégrité de la Nation et ses institutions démocratiques, tout ce que symbolise ce drapeau ?

Ce à quoi il répond «  Oui je le jure ».

J’imagine bien les gamins, genre t’as 11 ans on te dit qu’il faut que tu défendes de ta propre vie la constitution de ton pays….et toi t’es la ouais ouais t’as pas une sucette ? Enfin je blague, mais ça me fait des frissons rien que d’y penser. C’est fort quand même…Enfin je suis peut-être un peu crazy émotive loca aussi je ne sais pas (j’ai failli pleurer quand Mujica est partit et que tout le monde sur la Plaza independencia a chanté en chœur l’hymne à Artigas…qui dit en gros « si la patrie a besoin de moi, je suis là). Bref en tout cas en Uruguay si tu n’as pas ces certificats tu ne peux pas t’inscrire à l’Université, ni travailler dans la fonction publique par exemple.

C’est un peu pareil pour le vote. Ici, tu es (presque) obligé de voter sinon tu payes une amende. En fait tu es obligé de voter quand tu as ta « credencial ». Si tu ne l’as pas tu n’es pas obligé mais tu es presque obligé de l’avoir car elle te permet de t’inscrire à l’université, d’avoir accès à certains boulots, d’avoir un passeport etc etc…capitcho ? Donc si tu as ta « credencial » et que tu ne vas pas voter tu payes une amende. Obligé.

Voilà… vous savez presque tout sur l’Uruguay, vous êtes parés pour un vol pour Montevideo, sans passer par la case Buenos Aires… Welcome !

[1] A prendre au 25ème degrés bien sûr hein ?

chien esquina montevideo

Doggy doggy trop mignon

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