Groupe de loups de mer, Cabo Polonio

Un week end sur la côte uruguayenne

Avec les fêtes, la crise mondiale, la victoire de Syriza aux législatives en Grèce et la chaleur étouffante qu’il fait à Montevideo autant vous dire qu’on n’a pas eu le temps d’écrire! Dans notre dernier article on parlait de la côte uruguayenne et de nos aventures à Punta del Diablo. Petit village duquel on est partit pour aller à Valizas moitié en stop, moitié par des potes de potes qui nous amènent dans leur pick up. Valizas, tu y accèdes par la ruta 10, kilomètre 271 tu prends un petit chemin à droite et tu roules…jusqu’à apercevoir des cabanes d’hippies, des hippies, des enfants d’hippies (oui oui ils se reproduisent…), une nana qui chante toute seule sur la « place centrale » devant un public composé de deux hippies en train de vendre des trucs d’hippies à leur propre voisin hippie. Tu es à Valizas. A cette époque-là de l’année normalement Valizas c’est tranquille (330 habitants….), le brésilien qui nous prend en stop nous dit qu’il n’y a personne pour l’instant (en été c’est rempli d’argentins et d’uruguayens hippies). Youpi.

Vue sur le Cabo Polonio

La plage de Valizas

Comme tous les bleds de la plage il n’y a rien qui est ouvert hors saison, et même si les maisons colorées avec des signes peace and love ont l’air super accueillantes, bah…c’est fermé. Le seul endroit qu’on trouve c’est une auberge de jeunesse assiégée par une équipe de tournage de publicité et des petits chiens type carlins au nez écrasé. Les douches sont crades mais on en profite bien car on a cramé en faisant du stop. On pionce comme des petits loups après avoir mangé de la poiscaille dans un bouiboui (bah oui on est à la plage ou pas ?!). Ce qui est drôle quand on mange du poisson dans un resto c’est qu’on demande toujours au serveur/euse « c’est quoi comme poisson ? » comme si ça allait influer sur notre choix alors qu’on y connait rien du tout et puis en deux secondes on a oublié ce que le serveur/veuse a dit. Ça ne vous le fait pas à vous ? De mon côté c’est pareil avec le vin…  Tu vois le genre ?

Quand tu arrives sur la plage de Valizas...

Quand tu arrives sur la plage de Valizas…

Petite rivière à traverser pour faire la rando jusqu'au Cabo

Petite rivière à traverser pour faire la rando jusqu’au Cabo

Enfin, il parait que le nom de Valizas qui, si tu l’écris Balizas veut dire balises (toutes les personnes fricotant un peu avec l’espagnol sauront qu’on est en permanence face à un gros problème : B ou V ?) viendrait de pirates qui vivaient dans le village et qui s’amusaient à mettre des lumières-balises au bord de la plage pour simuler une zone de mouillage et ensuite piller les bateaux qui s’explosaient sur la côte. On vous a dit, l’intégralité de la côte uruguayenne est une grande zone de naufrage. D’ailleurs, l’une des principales attractions du coin c’est de faire de la plongée au milieu des épaves. Une autre histoire raconte qu’il y avait des balises partout pour signaler la rivière traversant le bled. D’où Valizas. Peu importe en fait, le village tout comme Punta de Diablo, se forma autour du commerce de requins, de morues et de loups de mers qui pullulent dans le coin et qui étaient chassés pour leur peau et leur graisse. C’était l’époque où tu pouvais alors exhib tranquillement ton portefeuille en peau de loup de mer… la grande classe. Leur graisse quant à elle, était transformée en huile combustible pour usage industriel ou privé. La grande classe aussi : « Tu te chauffes à quoi toi ? A la graisse de loups de mer pardi! ». Faut s’imaginer les discussions…En effet, l’Uruguay est une des plus grande réserve d’Arctocephalus australis alias otarie à fourrure australe alias loup de mer et d’Otaria Flavescens alias, otarie à crinière alias lions de mer. Ces derniers sont près de 4000 et les premiers 180000 (!) mais ils vivent ensemble en presque harmonie à Cabo Polonio et sur une île à leur nom: L’île des loups, à laquelle tu peux t’approcher jusqu’à 100 m en bateau moyennant pas mal de dollars au départ de Punta del Este (autre ville sur la côte). On n’y a donc jamais été surtout que bon… l’observation des loups de mer c’est pas funky funky, un peu comme regarder  « 2001 L’Odyssée de l’espace » version longue un lendemain de soirée… au bout d’un moment tu t’endors.

Loups de mer 1 Cabo

D’ailleurs eux aussi s’endorment…

Depuis plus de vingt ans maintenant l’Uruguay protège les loups de mers qui étaient avant exploités sur toute la côte. Malgré cela, encore aujourd’hui, cette protection est remise en cause par le lobby de pêcheurs qui déclare avoir trop de concurrence avec les loups de mers (de bien meilleurs pêcheurs !) qui parfois brisent leur filet de pêche en nageant (c’est que ce sont des grosses bêtes faut pas croire) et surtout mangent exactement les mêmes poissons que les Hommes. Les petits filous. En plus de cela leur population ne cesse d’augmenter (celle des lions de mers par contre est en baisse). Et oui! Il semblerait que la majorité se sentent bien en Uruguay, pays tranquille, et qu’ils pullulent à tout va. Seules les tempêtes d’été déciment un grand nombre de bébés loup de mer (oui faut s’imaginer, être un bébé loup de mer c’est compliqué au début) qui disparaissent dans les fonds marin faute de savoir bien nager et plusieurs centaines d’autres meurent tous les ans victimes de maladie ou autre ; la place sur les îles uruguayennes se faisant de plus en plus rare. Fait notoire : ces pauvres loups de mers vont parfois jusqu’au Brésil pour se réapprovisionner en poiscaille, leur zone de chasse étant naturellement très étendue. C’est ce que disent les scientifiques, qui ne prennent pas du tout en compte la présence de brésiliennes en string sur les plages et du Christ rédempteur à Rio, facteurs pouvant aussi entraîner le voyage des loups de mers uruguayens dans les contrées cariocas. La proximité ça fatigue, eux aussi ont besoin d’évasion. Et puis pour en avoir observé (zzzz….) au Cabo Polonio, ça s’engueule pas mal ces bestiaux. Ils glandent au soleil sur les rochers et à chaque fois qu’il y en a un qui remonte (difficilement) de sa baignade quotidienne, tu entends quelques cris pas contents des autres en train de pioncer. Enfin nous, on a vu ça comme ça…mais il y avait une nana qui n’arrêtait pas de prendre des notes et de faire des croquis, j’imagine des histoires de mâles dominants, position, interaction sur le rocher, répartition de l’espace par les loups de mer. Passionnant. Enfin dès que des dauphins sont apparus, la nana s’est levée et a couru pour les suivre. Donc bon… je vous laisse tirer les conclusions.

Passionnant....

Passionnant….

Bref, le Cabo Polonio tu peux y arriver après avoir fait la randonnée dans les dunes depuis Valizas. Randonnée magnifique en plein milieu d’une réserve naturelle, au milieu de dunes, seuls, avec en toile de fond l’océan Atlantique. On vous recommande. En plus, elles font partie des plus grandes dunes mouvantes d’Amérique latine, elles atteignent plus de 30m de haut, et sont ravitaillées chaque année en sable par les vents du nord-ouest. A voir donc. Surtout qu’il y a une plage cachée entre les dunes…Crème solaire, chapeau et eau obligatoires: ne faites pas comme nous, le soleil est hyper dangereux en Uruguay… on a chopé une insolation pendant la rando. Rando pendant laquelle on a dû faire face à une attaque d’oiseaux qui devaient certainement protégés leurs nids. Uncas continue de dire que j’hallucine mais quand pendant une demi-heure, seuls au milieu du sable, tu as plusieurs oiseaux qui poussent des cris, et qui volent en rond autour de toi et s’approchent de plus en plus…pour moi c’est clairement un « tu n’es pas le bienvenu » en langage volatile voire même un « je vais te tuer ». En tout cas j’ai bien flippé et je soupçonne qu’Uncas aussi même s’il persiste dans l’idée que quand j’ai commencé à faire comme si j’avais des ailes avec mon foulard et ce tout au long de la rando ce n’était peut-être pas nécessaire. Moi je pense que c’est ce qui nous a sauvés. Vraiment. Enfin, sinon la rando est sympa, allez-y !

Rando dunes Valizas

vue sur la réserve Valizas

Vue sur la réserve naturelle

vue sur les dunes Valizas

Oh oui c’est beau!!

On arrive donc au Cabo comme ils disent ici. Cette réserve naturelle qui abrite un mini village de pêcheurs et d’hippies (ou peut être les deux) est connue en Uruguay car au bout du monde (accessible seulement à pied ou par un énorme camion qui roule une demi-heure sur la plage et dans les dunes pour rejoindre la route) et sans électricité et eau. Quand tu es au Cabo faut vraiment pas que aies une crise cardiaque quoi, tu es au bout du bout de l’Uruguay, il n’y a rien du tout. Endroit très apprécié des uruguayens car atypique et avec un ciel étoilé le soir inégalable dans le pays, cette petite station balnéaire se remplit aussi un petit peu l’été par les plus téméraires tant le confort n’est pas un adjectif qui s’applique aux petites auberges qui y sont installées. Il y a l’option location de maison sinon mais l’eau sera également rationnée ainsi que l’électricité. On le dit car beaucoup de gens se plaignent de cela dans l’hôtel où taffes Uncas à Montevideo.

Mini tempête de sable...oui oui!

Mini tempête de sable…oui oui!

De même que Valizas et Punta del Diablo, le Cabo Polonio est tristement célèbre pour le nombre de naufrages qui avaient lieu sur ses rivages. Son nom viendrait d’ailleurs d’un bateau espagnol appelé “Polonio” qui aurait échoué dans la zone ou bien d’un capitaine de bateau appelé Joseph Polloni qui faute d’avoir bu trop de vin n’aurait pu manœuvrer son bateau, qui aurait alors coulé en 1753 dans les eaux du encore non existant village. Une troisième raconte que Polloni était en fait un agent chargé de recenser tous les naufrages dans la zone. Les trois versions sont racontées. Laissez encore libre cours à votre imagination. Dans tous les cas, le coin était infesté de pirates, pêcheurs et chasseurs de loups de mers qui au début du XXème formèrent l’actuel village. Le phare fut construit en 1881 pour stopper cette hécatombe de bateaux qui se laissaient prendre par les eaux tumultueuses du Cabo et venaient s’écraser sur ses rochers. Ses eaux étaient redoutées par tout le monde, autant par les commerçants que par les corsaires, pirates et autres qui n’avaient de cesse de dire que leurs boussoles tournaient sans s’arrêter lorsqu’ils s’approchaient et que l’endroit était ensorcelé. Il semblerait que les vents de la Pampa et la brume empêchait tout accostage zen, ce qui gênait fortement les nombreux navigateurs passant dans le coin pour entrer dans le Rio de la Plata et ainsi aller commercer sur tout le continent. Nous ne rappellerons pas içi l’importance du Rio de la Plata à cette époque.

dunes cabo

Dans les années 60, de plus en plus de curieux vinrent découvrir ce petit bout de paradis insolite en Uruguay, et le village commença petit à petit à vivre des quelques touristes qui s’y hasardaient. Aujourd’hui, cela reste assez préservé car peu de gens sont prêts à passer deux semaines sans électricité et sans eau mais la plupart des habitants vivent de la rente touristique engendrée pendant les grandes vacances. Cela reste un endroit d’une rare beauté et à l’ambiance particulière auquel on ne peut que vous conseiller d’aller.

Bonne semaine à tout le monde !

us

us

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *