transporte 2

Transporter

Parce qu’on y passe des heures, parce qu’on y lit, y dort, y parle, y mange, y boit, y écoute de la musique et/ou la radio, parce qu’on y rigole,  s’y engueule, s’y ennuie, parce qu’on les aime et les déteste à la fois, parce qu’ils sont un formidable reflet d’une société et de son histoire, parce qu’ils sont à l’école de la vie ce que sont à la NBA les playgrounds new-yorkais (wtf?), parce même si les taxis c’est chouette, ils sont moins chers, parce tout ça et plein d’autres trucs, les transports publics méritaient un post. Et puis comme en ce moment je suis à Montevideo, bah je ne vais pas vous parler de mon « rerE »…

Montevideo, le département, c’est 525km², dont un peu moins de 200 urbains. En comparaison,  Paris intra-muros c’est à peine 105,45km², et l’île de France plus de 12.000. Pour parcourir la ville lumière t’as l’embarras du choix, bus, métro(politain), rer, tram(way) et même un funiculaire. Pour traverser celle qu’Alexandre Dumas baptisa la « Nouvelle Troie » (mais que personne n’appelle comme ça…), c’est plus simple, t’as le choix entre le bus et l’omnibus, autrement dit tu n’en as pas. Ou en tout cas pas à première vue…

Un seul moyen de transport donc, mais plus de 100 lignes, sans compter les mêmes lignes qui ne le sont pas du genre la 103 et la 103R, ou plus traître encore la 128N et la 128R. Ou les lignes « suburbana », comprenez qui vont au delà du département de Montevideo. D’ailleurs on ne parle pas de ligne mais de bus ; on dit donc je prends le 104 et pas la 104. Comme à Paris en fait… Bref. Face à l’impossibilité de réaliser un plan de bus qui ne dépasserait pas le mètre carré, les autorités ont longtemps décidé de… ne rien faire. Concrètement tu savais ou tu savais pas. Aujourd’hui, alléluia, on trouve sur internet toutes les infos nécessaires pour se mouver tel un poisson dans l’eau. Quelques inconvénients persistent tout de même; le site qui permet de savoir comment aller d’un lieu à l’autre est différent de celui qui te donne les horaires, qui est différent de celui qui te donne le parcours exact du bus. Pourquoi vérifier sur internet le parcours exact du bus? Parce qu’à part sur les arrêts de bus du centre-ville, rien n’ indique les bus qui passent et vers quelle direction ils vont,  tout comme à l’intérieur des bus rien n’indique leur parcours. Autre détail sur les paradas, elles n’ont pas de nom ; c’est donc par coin de rue qu’on les nomme. « Bajate en Artigas y 21 de setiembre »…

Alors forcément pour quelqu’un qui débarque de Paris, c’est pas facile tous les jours… Ah le petit plan de poche RATP!!! Qu’est ce qu’il me manque… Avec ses jolies couleurs et les différents arrêts, des ronds pleins pour les simples, des blancs pour ceux avec correspondances (et en plus elles sont indiquées !). Même si tu le perds, les indications sont partout, aux arrêts, dans les bus, les métros, il y a même une gentille dame qui te dit de sa voix robotique « prochain arrêt Pelleport, ce bus a pour destination : Gallieni ». Ici non. Ce sont les petites différences entre le premier et le tiers-monde. Mais l’absence de tous ces gadgets informatifs a développé chez le montevidéen une connaissance des lignes et une mémoire spatiale impressionnante. Parce qu’au parisien, si tu lui demandes comment faire pour aller de Place des Fêtes à Commerce, il sait; « bon tu prends la 11 direction Châtelet jusqu’à Répu, République, puis la 8 direction Balard jusqu’à Commerce ». Mais t’as des arrêts avec des noms, et quand tu réfléchis tu l’as en tête ce petit plan RATP. La géographie parisienne est tellement marquée par le métro qu’on dit « j’habite, rue de Belleville, métro Télégraphe ». Ici c’est par esquina, coin de rue, donc si tu ne vas pas au terminus il faut connaître le parcours du bus, donc l’avoir déjà pris pour savoir par où il passe, puis si on te dit descend General Flores y Joaquin Suarez, quand t’es dans le bus tu fais comment si tu ne connais pas par cœur l’enchaînement des rues? Bah tu galères. Surtout qu’à Paris lorsque tu descends à un arrêt, bah il y a toujours un petit plan du quartier, ici le plan c’est le gars chelou qui boit du vin en brique au coin de la rue… Et à 3h du mat’ lorsque tu demandes à ton pote comment faire pour le rejoindre à sa soirée qui déchire et qu’il te répond par texto un « tomate el 115 », prend le 115, qui sous entend clairement que t’aider plus que ça, ça le saoule, t’as juste envie (dans le désordre) de le tuer, d’avoir un smart-phone (pour pouvoir aller sur les trois sites afin de définir ton itinéraire) et de n’avoir pas bu cette dernière bière pour avoir assez de thunes pour le taxi. Ce qui fait que t’es obligé de demander sans cesse aux gens, aux chauffeurs par où il passe, quel bus va à tel endroit, où est-ce qu’il passe ce bus… Vous imaginez l’horreur ? Devoir communiquer avec des inconnus!

Des bus

Des bus

Du coup les itinéraires sont un vrai sujet de discussion. Une fois à Paris, on squattait chez Seb le Belge, et j’avais du aller acheter des grecs rue de la Roquette avec Yohan. Ce dernier était plus une connaissance qu’un pote, sur le chemin je lui demande donc où il habite, où est-ce qu’il étudie, puis comment il fait pour aller à la fac, quelle ligne de métro il prend, si le bus ne serait pas plus court… ce à quoi, au bout d’une minute il me rétorque« non mais Uncas si on a rien à se dire c’est pas grave »!!! Mais moi, peut-être à cause de mon héritage uruguayen, ça m’intéressait réellement! Ici c’est limite du tac o tac, c’est la question qui vient après celle sur le club que tu supportes! Puis ils se sentent obligé de vouloir t’aider, genre « ah ouais mais tu pourrais prendre le 142, tu marches un peu plus pour le prendre, mais il fait moins de détours ». Ou alors au boulot, « t’habites où ? Ah ouais donc tu prends le 121 non? T’as le 582 aussi, mais il passe par Rivera… ». Ce sujet les passionne !

Mais une fois dans le bus alors? Comment que c’est? Bah déjà premier constat, impossible de frauder. La règle de monter à l’avant est strictement respectée, par contre ça descend de partout. Selon les compagnies c’est le chauffeur qui vend les tickets soit un gars (et de plus en plus de meufs) un peu plus à l’arrière. Souvent lorsque le bus est blindé tu passes l’argent à tes voisins de fortune qui le passent au « cobrador », qui te refile le ticket et la monnaie par chemin inversé. Les gars font super attention à ce que tout le monde paye, surement par ce que se sont des coopératives. Autre constat, si l’uruguayen est tranquille, il l’est moins à l’arrivée de sa « parada », il se lève genre trois arrêts avant et lorsque tu te trouves entre la porte et lui il te demande un quart d’heure avant si tu descends. « Bajas ?» qu’il te dit, et toi tu ne sais pas!!! parce que t’as beau essayé de regarder par la fenêtre tu n’as pas la « puta idea » d’où tu es, t’as l’impression que le bus tourne en rond depuis un quart d’heure, et que c’est un peu ghetto finalement Montevideo lorsque tu t’éloignes du centre… Face au regard insistant du local tu réponds une sorte de truc incompréhensible et le laisse passer. Bien sur c’était ton arrêt au final et le gars te regardes bizarre en te voyant descendre derrière lui ou, second scénario, tu t’en rends compte trop tard les portes se ferment et tu ne te sens pas encore de crier « puerta! » au chauffeur comme le ferait un type du coin… Autre détail, ils sont peu à lire. Aucune explication.

Juste un petit bus

Juste un petit bus

Au début, l’angoisse de louper son arrêt est permanente. Bon si tu vas vers le centre c’est facile, le problème c’est lorsque tu dois te rendre genre au quartier Tres ombus, rue Humbolt au croisement avec la rue Inclusa. La déjà tu te rends compte que la ville est légèrement plus grande que ce que présente le plan du Petit Futé et de la Mairie puisque ton arrêt est « hors champs ». Puis une fois dans le bus tu essaies de remémorer ce que tu as vu sur le plan, « alors après Ramirez, il tourne à Rodriguez et après je descends à la cinquième rue après Sanchez, non c’est le contraire cinq rue après Rodriguez… ou c’était Suarez ? »… Et ça c’est quand t’es pépère assis tranquilou à mater le paysage et le nom des rues ; aux heures de pointes, va faire comprendre au gars à côté de toi que si t’arrêtes pas de gigoter ce n’est pas que tu frottes à lui mais que t’essayes de capter le nom des rues. Il faut donc renoncer à cette envie qu’on a beaucoup à l’étranger, celle de se fondre incognito dans la masse, de se faire passer pour autochtone, et se résigner à dévoiler son secret en communiquant avec les locaux. Il y a ceux qui adorent ça, « le voyage c’est l’échange blablabla, puis les gens là-bas sont tellement sympas, plus humains tu vois blablabla ». Heure de pointe, dans un bus blindé en direction de Santa Catalina (là au niveau du plan on est au delà du hors champs), après une journée de boulot, même la Dalaï-lama Lama t’enverrais chier! La solution du chauffeur est une fausse bonne idée, je peux avancer sans trop de risque qu’une fois sur deux il oublie de te prévenir que tu dois descendre… « Ah bon? Parce que Moi ce que j’adore c’est me perdre dans une ville tu vois, c’est comme ça que tu la découvres »… ta gueule!

Heureusement, dans cet enfer sans plan de sueur et de cumbia, arrive parfois venu d’on ne sait où un miracle avec une guitare en bandoulière ou une bible sous le bras, mais ca se sera pour la prochaine fois… dans Transporter 2 le retour! Disponible des la semaine prochaine.

C'est la fin des bus

C’est la fin des bus

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