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Transporter 2 le retour

Suite et fin (jusqu’au prochain épisode Transporter 3, la privatisation) de cette incroyable plongée dans le monde des transports montévidéens. Deuxième rendez-vous en terre inconnue, celle des vendeurs ambulants, des rails abandonnés, des bikers et autres rêveurs…

Depuis que la mairie l’a interdite, plus personne ne fait la manche dans les bus, en revanche, notamment dans les suburbanos, c’est un défilé de vendeurs en tout genre. Des pantalons, des collants, des leggins, des tapis, sans parler des milles et un gadgets du porte documents au chargeur de portable-allume cigare-clef USB, ou des livres de recettes bios, de l’encens… Tu viens de te faire mal au doigt? T’inquiètes, ils vendent aussi des pansements! Goyette ne peut s’empêcher d’acheter lorsqu’il s’agit de petits vieux… ou quand il s’agit d’un masseur électrique qui soi-disant se charge par port USB, ça sentait l’arnaque à plein nez mais bon… tu me dois 100 pesos Goyette!! Ils vendent aussi beaucoup de friandises, ou de barres chocolatées ou de céréales. Leur insistance sur la date de péremption a toujours quelque chose de louche… De plus en plus de gens montent te présenter leur asso, et demander une participation pour les aider en échange de porte clef made in China; ce qui me fait à chaque fois penser à l’absurdité de notre monde qui fait que quelque part dans le monde un gars s’est dit je vais m’en mettre plein les poches en produisant en Chine des portes clefs en forme de voiture, en plastique et qui clignotent, mais qui n’auront une durée de vie que d’une semaine, en les faisant fabriquer par des ouvriers payés une misère, et qui se retrouveront à être vendu par une ancienne toxico battue qui bosse (bénévolement?) pour une ONG (ONG qui a donc (a) d’une façon ou d’une autre acheté ces putains de portes-clefs, (b) qui s’est dit que c’était une bonne idée d’envoyer des gars dans la merde vendre des merdes dans les bus, et donc (c) ONG dont je n’arrive pas à ne pas questionner l’intégrité), et qui finalement terminerons dans ce fameux bocal à l’entrée de la maison si bien décrit par Gad Elmaleh, si ce n’est pas par terre ou à la poubelle. Pardon je m’égare…

Dans le bus il y a aussi les artistes ; évidemment. Les gars avec leur guitare, seul, en duo ou même en trio (ce qui commence à laisser peu de place pour les passagers), les rappeurs (de plus en plus nombreux), l’autre jour j’ai même eu droit à un reggae-man qui nous expliquait que c’était pas que fumer le rastafarisme, puis, dans sa chanson, a placé dix fois le mot fumer, trois marijuana et sept fois planer. Sans compter les synonymes. Ce qui est génial c’est qu’ici les gens applaudissent. C’est con mais ça change tout. Bon, par contre c’est dur lorsqu’ils ne le font pas… Dédicace à toi le petit grunge du 221 de la semaine dernière! Pauvre incompris… Je t’aurais bien soutenu et applaudi mais j’ai été lâche. J’ai même pas pu te filer des pesos comme t’as même pas osé passer le chapeau après ton set… Il y a avait un silence de mort… C’était terrible, t’es reparti sans crier gare, ni parada d’ailleurs, la guitare entre les jambes. Pas beau à voir.

Un chien seul. Ca n'a rien a voir avec le sujet mais on aimait bien la photo

Un chien seul. Ca n’a rien a voir avec le sujet mais on aimait bien la photo

Enfin les meilleurs. Les poètes. Ils sont peu mais c’est toujours génial. Les gars impriment leur prose, la découpent, mais alors jamais droit! Ils doivent le faire faire par leurs gosses, enfoirés de poètes, des La Fontaine que je te dis moi. Ils te les distribuent pour que tu puisses les lire, t’imprégner de ce lyrisme populaire; et pour que tu ne perdes pas la musicalité des mots, ils en récitent un. Là c’est toujours compliqué puisque qu’aucune convention collective n’a encore stipulé si on applaudissait ou pas les poètes. Il y a les partisans de la nécessité d’extérioriser, de partager l’expérience transcendantale, qui appuient l’idée que la dernière marche avant l’état poétique ultime doit être gravie collectivement par l’applaudissement, et ceux qui situent le nirvana à l’intérieur de chacun, le chemin vers l’ultime cosmos engendré par le poème devant se conclure par un recueillement silencieux. Du coup dans le bus les gens hésitent, ça applaudit timidement, les gens se regardent et finalement les gens donnent… Gaston, le président du CRYSOL, une asso d’anciens prisonnier politique, a une super histoire là dessus. Un mec, disons Fernando, était un poète devenu un peu loquito après son long séjour en prison durant la dictature et galère un peu aujourd’hui à joindre les deux bouts, pour subsister il vend ses poèmes dans le bus; au contraire, Ignacio, malgré un parcours similaire, est devenu poète accompli et reconnu. Un jour Fernando alors qu’il tente de vendre ses mots dans les bus, se retrouve nez à nez avec son ancien camarade de militance Ignacio. Que tal ? Todo bien, blablabla, au bout d’un moment le grand Poète propose d’acheter un poème à son pote dans la galère, ce à quoi ce dernier répond « Oh non! On va pas se vendre des poèmes entre poètes! ». Bon Gaston raconte mieux hein… Avec tous les détails, genre quel ligne de bus c’était…

luciano velo

« Vivement Dimanche », cri de guerre des bikers

Nous, a l’instar des Y.N.RichKids, on a opté pour rejoindre le clan des « bikers ». Lorsque c’est possible on pédale donc à travers les rues désertes de Montevideo en faisant dring dring et en chantant « My bike! My bike! I’m rolling on my bicycle! ». C’est une superbe ville pour rouler, plutôt plate, avec une rambla de 17km, et surtout peu de voitures lorsqu’on s’éloigne des quelques axes principaux, et le dimanche, c’est juste le paradis du vélo! Dans la Ciudad Vieja il y a des vélibs a l’uruguayenne. Ils les ont baptisé les  « Movete », traduisez « bouge-toi ». Ils viennent avec des casques! Mais ne sont dispos que de 7 à 20h… Puis il faut la carte STM, qu’on peut se procurer au bureau E113, de l’allée H du Bâtiment 7 de la Mairie entre 11h et 11h30 le jeudi matin… Le vélo est de plus en plus utilisé, il y a désormais quelques pistes cyclables (dans le centre évidemment) et plein de magasins de vélo; il y a même un festival de cinéma cycliste en plein air l’été. Mais bon, pour aller au boulot Goyette et moi devons nous résigner à prendre le bus, « todo bien con la bici » mais 15 bornes ca fait beaucoup…

Des bus des bus et des bus… et pourtant. Si vous êtes attentifs et/ou vous baladez un peu, vous verrez qu’il reste des vestiges des transports d’un autre temps et même d’une autre dimension. La gare centrale General Artigas est la plus visible de ces restes. Construite en 1897, elle est aujourd’hui fermée, en attendant qu’on se décide quoi en faire. Abandonnée et imposante, elle a un coté Detroit qui nous titille ; si on en avait, on s’y infiltrerait bien pour prendre des photos, mais la peur de croiser un zombie, ou pire, un pauvre un vrai !, est plus grande. (euh…). Il n’existe presque plus de transport ferroviaire autre que pour marchandise. Je crois qu’il existe deux lignes, dont une qui ne fonctionne que les fins de semaine. On peut apercevoir dans certaines rues des rails. Il y eu en effet des tramways à Montevideo. A la fin du siècle dernier (1868), deux entreprises (une anglaise et une allemande) signent avec l’État un accord d’exclusivité des transports. Auparavant les transports publics étaient des tramways tirés par des chevaux… Les deux entreprises étrangères remplacent les six uruguayennes. Mais les sociétés de tram n’investissent que dans les trajets économiquement rentables laissant de côté tout une partie de la population grandissante de la ville. En 1912 l’État décide donc d’importer des véhicules motorisés pour répondre aux carences du service de transport. C’est la naissance des premières lignes de bus. Ensuite ça s’organise, les chauffeurs s’associent afin d’être payés pareil et non par nombre de passager, unification des tarifs et création de coopératives ; c’est en 1928 que naît la première coopérative de ligne de bus. C’est le début d’un bras de fer avec les capitaux étrangers. En 1933 Atlas Electric & General Trust propose à l’État un prêt avec beaucoup de zéros contre une résolution du conflit en faveur des sociétés de tramway, ce à quoi il répond officiellement négativement. Mais, à travers une série de mesures à l’encontre des lignes de bus, il semble choisir son camp. Les chauffeurs de bus s’engagent entre eux la même année à ne pas vendre leur ligne et finissent trois ans plus tard par créer CONAUSA (Coopérative Nationale des Autobus S.A.), l’ancêtre de CUTCSA, principale coopérative d’aujourd’hui (même si le « C » signifie aujourd’hui compagnie). Rassurez vous, je ne vais pas m’éterniser sur l’histoire des transports, sachez juste que les méchants capitalistes s’en iront (youpi viva la revolucion!), ayant fait faillite durant la seconde guerre mondiale. Les tramways se transformeront en « trole-bus », bâtard issu de la relation non protégée entre un tramway et un bus, puis en de simples bus. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants coopératives, COPSA, UCOT, RAINCOP…

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gare rails montevideo

Enfin concluons par l’autre Montevideo, l’invisible, où il existe deux lignes de métro souterraines, trois aériennes et quatre lignes de tramway. Ce monde c’est celui de Marco Caltieri. Dans cette dimension mon autre moi met une demi-heure au lieu d’une heure pour aller au travail, il paraît qu’il joue vachement bien de l’accordéon aussi, et que le blog qu’il a avec Goyettebis a des milliers de vues et que la Palestine est un État… Mais comme les trajets sont trop courts, il n’y a plus de poètes dans les transports publics. Toute pourrie leur dimension!

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