_MG_6651

The weed coast

Nous les avons croisés au Home State BBQ à Ashland, Oregon. Carmen et Séb(astien), deux belges qui ont fait l’un des jobs d’été les plus cool du monde : un trimming job. Traduisez tailleurs de… cannabis! Normalement nous ne faisons pas d’interview. Mais deux francophones sympas, un bon sujet et de la bonne bière… L’occasion était trop belle! Exercice de style.

Voyage au bout du blog : Bon on s’excuse d’avance pour nos questions, on n’est pas des pros, de toute façon vous n’êtes pas des stars non plus hein! Mais bon, par respect pour nos lecteurs habitués au top du top en matière d’article, on va faire un effort et essayer de faire une interview correcte… J’imagine qu’on va commencer par les présentations, honneur aux dames…

Carmen : Ok… moi c’est Carmen, je suis belge, de Bruxelles, j’ai 29 ans… euh… là on est aux Etats-Unis depuis deux mois et demi, et actuellement je suis trimeuse, c’est-à-dire, coupeuse de tête, mais de têtes de weed… hihihi….

Sébastien : Seb, enfin Sébastien. 27 ans, de Bruxelles aussi. Même boulot… c’est n’importe quoi votre truc on fait ça pour la première fois de notre vie et depuis à peine trois semaines et il nous reste moins d’une semaine!!!

VADB : T’es bien content de boire une bière gratuite Seb alors joue le jeu ! Bon, comment vous vous êtes retrouvés à bosser dans la beuh ? Où en avez-vous entendu parler ?

Seb : C’est la prof de Yoga de ma mère !!! On vivait au Venezuela, d’où est originaire Carmen, enfin d’où sont originaires les parents de Carmen. Et on voulait aller à Puerto Rico pour connaître mon neveu, oui par ce que mes parents vivent à Puerto Rico et mon frère aussi et il a eu un bébé avec une portoricaine. C’est le plus beau bébé au monde soit dit en passant jéjé! Bref, ma mère nous dit que sa prof de yoga avait peut-être des plans pour nous en Californie. Finalement non, mais ça a titillé notre curiosité et puis ensuite on a rencontré un américain pendant qu’on vivait à Caracas qui nous a dit que sa meilleur pote avait des plans et qu’elle pouvait nous faire « intégrer le milieu » quoi! On s’est dit que ça pourrait financer notre voyage.

Carmen : Du coup on est allé checker sur internet, histoire d’avoir plus d’infos et tu tombes sur pleins d’histoires contradictoires, genre on te bande les yeux, les gars ont des flingues ou au contraire tu bosses chez des bobos qui kiffent le vin rouge, chez des snobs ou même juste des entrepreneurs qui ont flairé le bon filon. On a lu aussi que comme collègues des fois tu pouvais bosser avec des quasis SDF ou avec des hippies du monde entier. C’est la roue de la fortune un peu quoi. Mais tous s’accordaient sur le fait que tu peux te faire un gros billet…

échelle

VADB : Et vous êtes tombés sur… ?

Carmen : Des hippies !!! Enfin des gens qui vivent en Inde toute l’année avec ce qui gagnent ici en deux mois en gros.

Seb : Si on a bien compris John[1], notre employeur, a rencontré Makumba en Australie, il lui a présenté Sasha qui cette année a ramené Ramon, qui lui a ramené Shatar. Respectivement ils viennent d’Australie, Israël, Espagne et Iran. Mais tous vivent en Inde, dans le même bled! Du coup genre ils se parlent en sanskrit et écoutent de la musique indienne toute la journée…

Carmen : On en peut plus! « Krishnaaaaaa », ou «Yahlé, yahlé»…

Les deux en cœur : « Yahlé utiva !!! » jéjé hihi…

VADB : Hoho…

Seb : Nous on bosse dehors avec Ramon, il écoute une sorte de techno new age hindou, avec des morceaux où le gars répète 100000 fois le même truc pendant 20 minutes ! C’est un fou, parfois il écoute le même disque quatre fois d’affilée et il s’en rend même pas compte tellement il est fonsdé! Par contre c’est une encyclopédie du cannabis le gars, tu vois qu’il kiffe l’herbe, quand il bosse on dirait qu’il donne un bain à son enfant tellement il s’applique… Puis pendant des heures il nous explique que la indica est plus douce que la sativa, et que ce mélange de « diesel et jack (Herer) » est plus rond en bouche que la « LA sweet », puis il donne des noms aux nouvelles variétés de John…

Carmen : Selon lui c’est par ce que l’homme a consommé du cannabis que son cerveau s’est développé rapidement à un moment, vers la préhistoire, et qu’ils ont commencé à peindre des trucs dans les cavernes. En gros l’art est né du cannabis quoi ! On aurait même des éléments dans notre corps pour assimiler le THC… Si tu les écoutes le cannabis c’est une plante divine, d’ailleurs c’est la plante sacrée de Shiva… C’est de là-bas que vient le nom « ganja », surement venant du Gange, le fleuve sacré !

paye ton taf

paye ton taf

bacs

Dehors...

après une première coupe!

VADB : Interesting… Ça veut dire quoi « travailler dehors », il y en a qui bossent « dedans » ?

Seb : Dedans c’est ceux qui « trimment » à proprement parler, t’sais c’est ceux qui une fois la plante séchée taillent les petites têtes. Nous dehors on taille la plante, c’est-à-dire que tu coupes les branches et après t’enlèves le plus gros des feuilles. C’est plus sympa parce que tu bosses dehors, puis tu te lèves, tu choisis les branches, tu te rassoies etc. Dedans t’es assis toute la journée à faire exactement le même geste… Mais t’es mieux payé.

VADB : Et c’est combien les tarifs alors ?

Carmen : C’est indécent hihi… tu vas regretter de nous avoir payé un verre hihi!!!

VADB : Non… sérieux ? Par ce qu’il y a plein de chiffres qui circulent…

Carmen : Non je déconne, nous on gagne « que »15 dollars de l’heure. Plus les lois sont souples sur la vente et la consommation, plus les salaires baissent. Et dans l’Oregon tout est légal, consommation comme production, enfin sous certaines conditions, dont le fait qu’elle soit bio, enfin c’est ce qu’on a compris. Ce qui intéressant c’est que tu peux bosser 10 ou 12 heures par jour, et sans beaucoup de jour de pause, ce qui fait que tu peux te faire 1000 dollars en une semaine…

Seb : Enfin ça c’est nous et on s’est fait un peu carotte… on avait tellement besoin de taf qu’on a pris le premier venu. Mais par exemple à l’intérieur ils gagnent 20 de l’heure, ce qui te fait un tiers de plus de salaire, donc 1400 dolls la semaine, et donc un mois à 6000 et non pas à 4 et quelques… D’autres payent au poids. 200 le pound (456 grammes), ou 150 ça dépend. Le problème là c’est qu’il faut se faire la main, et au début ça arrive que tu te fasses des journées de 10h où t’arrives pas au pound et donc où tu te fais que 100 ou 120 la journée. Enfin ça c’est ce qu’on nous a raconté, nous a bossé que trois jours comme trimmeurs intérieur, et c’était chez un pote et il nous payait le pound alors qu’il nous manquait parfois 100g!

Carmen : Et à deux !!! Hihihi…

Seb : Ouais jéjé… on faisait du 350g à deux, du coup 175g chacun… l’« archouma »! Jéjé

Carmen : Mais c’était une beuh de merde, pleine de graines.

_MG_6703

VADB : Vous avez bossé à deux endroits différents ?

Seb : Yep. Les deux dans l’Oregon…

VADB : Et vous avez trouvé par votre pote ricain rencontré au Venezuela ?

Carmen : Non non… finalement ses contacts étaient trop paranos, et n’embauchaient que des gens qu’ils connaissent, ou avaient des problèmes avec les flics. Du coup, on a loué une caisse et on s’est débrouillé tout seul.

VADB : Nos (nombreux) lecteurs veulent plus de détails ! Comment ça se passe pour trouver un job?

Seb : C’est la galère!!! Débarquer sans avoir la garantie d’un job c’est chaud! Enfin pour des gens un peu timides comme nous et qui ne parlent pas anglais super bien, c’est chaud! Si t’es une meuf canon, à l’aise, sociable et en plus qui parle bien anglais tu trouves en deux minutes…

Carmen : Ou tu te fais violer en deux minutes !

Seb : Pas faux… Mais vaut mieux un contact avant de venir, même si t’es Nathalie Portman, enfin une Nathalie Portman fauchée. Il en faut juste un, après tu rencontres du monde et ça va vite, le plus dur c’est le tout premier. Si t’as de la chance un gars t’embauche pour deux mois, mais en général t’enchaînes plusieurs champs, enfin c’est ce qu’on a compris… Et faut gérer le timing aussi, apparemment on est arrivé trop tôt, fin aout. Mais les gens disent tout et son contraire, de ce qu’on a compris, il y a une première récolte début septembre et une autre en octobre et il parait que tu peux bosser après jusqu’en janvier. En fait ça dépend du coin où tu bosses.

Carmen : En gros faut commencer plus au nord et descendre vers le sud.

Seb : En fait on n’en sait rien… jéjé ! On sait juste qu’un pote de pote qui a déjà bossé va commencer mi-octobre mais dans la Grass Valley (vers Sacramento), des mexicains qu’on a rencontré à Arcata (dans la région de Humbolt) ont bossé tout le mois de septembre dans le nord de la Californie…

Carmen : Ouais mais c’était des récoltes d’intérieur ils disaient, et là ils y sont retournés pour la seconde, extérieure cette fois ci.

VADB : Vous ne nous dites toujours pas comment vous avez trouvé ?

Seb : Pardon on s’égare… c’est que c’est une longue histoire. On arrive à Garberville donc, parce qu’on avait lu j’sais plus où que c’était « the place to be » pour trouver du boulot. Et donc on débarque et on a flippé! Le bled c’est trois rues perdues au milieu des Redwoods, il doit y avoir 500 habitants, et en septembre la population triple à cause des gens qui viennent chercher du travail.

Carmen : Et c’est pas des hippies chics hein… enfin si t’en vois, mais il y surtout des sortes de…

Seb : T’sais genre teuffeurs clodos, punk à chien quoi. Avec une grille d’analyse de chez nous c’est punk à chien ouais, plus quelques hippies qui écouteraient la version US de la Rue Ketanou, qui mettent des chapeaux et se baladent pieds nus mais qui après la saison rentrent chez papa maman ou dans leur campus à UCLA… mais la majorité c’est les punk à chiens, parce que les autres ils ont soit déjà des plans, soit ils trouvent plus facilement, je sais pas, mais au final t’as je ne sais pas combien de gars chelous qui errent dans ce bled et qui squattent devant le supermarché en espérant qu’un grower viennent les embaucher.

Carmen : Mais c’est bizarre parce que tu te dis : moi si je dois embaucher des gens pour un boulot qui nécessite de la confiance, je ne vais pas prendre les rastaquouères qui picolent toute la journée avachis avec leur chien et une pancarte « need a job ».

Seb : Moi je prendrais que des petites hippies mignonettes un peu fille rebelle de bourge… quoi que ça bosse peut être pas en fait… pardon… en fait on s’est dit que ça devait aussi faire parti d’un plus grand circuit de migration des gens qui sont vraiment « sur la route », ils viennent surtout par ce que il y a du monde, et donc des gens avec qui squatter, et s’il y a en plus du boulot tant mieux, un peu comme les gars qui vont en festival et qui restent dehors tu vois ?

Carmen : En tout cas c’est mauvaise ambiance. Tout le monde se dévisage, essaye de voir qui bosse, qui bosse pas, qui cherche à embaucher surtout! Et nous on se retrouve là et on se dit « mais c’est mort ; on ne parle pas bien anglais, on a toute nos vies dans nos sacs, on peut juste pas squatter avec des mecs perdus toute la journée en espérant que j’sais pas qui vienne et nous propose un job ». Il y a des gens qui disparaissent il parait, les gars dorment dans la rue où les forêts avoisinantes, à Arcata c’est pareil, la place centrale est un mélange de Sangatte, Woodstock et le Groezrock (festival punk belge)!!!

_MG_6675

VADB : Et vous avez fait quoi? Vous êtes resté à Garb…

Seb : A Garberville… Ce soir-là bah… on s’est bu quelques bières locales !

Carmen : Ouais on est allé au bar de la ville analyser la situation autour d’une pinte, et on s’est dit que le mieux s’était de s’acheter un pack et de le boire autour du feu au camping et se barrer le lendemain. On a bu une deuxième pinte en débâtant du bien-fondé de cette décision, puis avons conclu notre accord avec une troisième. Enfin on a acheté ce fameux pack et l’avons bu autour du feu comme prévu !

Seb : Le lendemain on a tracé vers le nord, vers un autres centre pôle emploi de la région : Arcata. Sauf que cette fois on avait un plan hihi ! Le couchsurfing! L’hypothèse c’était que toute personne vivant dans le coin connait des gens qui sont dans le milieu et sont donc de potentiels intermédiaires. On s’était fait une petite sélection et un certain Jules nous a accepté. Et on avait vu juste …

Carmen : Ouais au bout de cinq minutes le gars nous explique qu’il est une sorte de recruteur…

Seb : Une boite d’intérim disait le gars !!!

Carmen : Ouais le mec se décrivait comme une boîte d’intérim du trimming job quoi! Il nous raconte que grâce à lui des mexicains qui étaient passé chez lui avaient pu ouvrir une pizzeria ! Bref on s’y voyait déjà. En plus le courant passe bien, on arrive chez lui on boit des coups, on se raconte nos vies. C’est un personnage ! Avec une vie de ouf, genre il est le seul mec de l’histoire de sa fac à avoir été autorisé à passer ses exams avec un gun par ce qu’il avait des ennuis avec la mafia juive (wtf ?mytho ?) et surtout que son père connaissait le doyen de la fac… où il a par la suite enseigné quelques années!

Seb : Donc au début tout se passe bien, sauf qu’après on apprend que deux autres couchsurfeurs doivent débarquer, et direct dans ta tête tu penses « concurrence ».

Carmen : C’est horrible ! Au final il y avait nous, les deux autres couchsurfeurs et les trois mexicains dont on vous a parlé, plus la meuf de Jules, qui squattaient dans la baraque, et tous on cherchait du travail. Du coup il y avait une ambiance cheloue, genre on s’entend tous bien, mais s’il n’y a pas de boulot pour tout le monde je te laisserai pas ma place !

Seb : Tu deviens une autre personne, c’est flippant!

VADB : c’est-à-dire ?

Carmen : C’est-à-dire, genre t’es dans la cuisine en train de te faire un café et tu vois qu’un autre parle avec Jules, et t’es là « merde ! Ils parlent boulot, ils vont nous doubler etc. ». Un soir une amie à lui est venue, une meuf qui a des champs, et c’était genre un entretien informel quoi! Tout le monde essayait d’être sympas, drôles, avenants. Le plus drôle c’est que l’autre couple de couchsurfeurs, c’était un peu des biosmans, des israéliens crudivores qui ne boivent pas, ne fument pas; mais ce soir-là les mexicains leur ont filé des spaces cookies ; et après c’était comme dans les films quand des gens prennent des drogues sans le savoir, bon là ils le savaient mais c’était pareil!!! Ils disaient et faisaient n’importe quoi ! Puis à un moment, un peu comme les gamins t’sais, ils se sont écroulés et endormis, juste avant que l’associé de la meuf vienne pour la deuxième partie de « l’entretien » ! Le lendemain Jules reçoit un appel de la meuf et s’écrie tout sourire « vous avez un boulot ! », et nous « sur ? combien de temps ? » et lui genre « puf longtemps » et l’israélien il voulait se couper les veines quoi, « pourquoi j’ai mangé se putain de space cookie ». Bon ce n’était pas si grave par ce que finalement personne n’a eu le job…

Seb : Enfin on pense que les mexicains si, mais on ne sait pas vraiment, on les a recroisés par hasard après et ils avaient l’air gênés. C’est chelou par ce que t’as l’impression que toutes les relations sont faussées. Par exemple avec ces mexicains on avait l’impression que ça aurait pu devenir des potes quoi, mais cette tension autour du travail…

Carmen : Faut réussir à être clair tout en étant sympa, c’est pas facile. Faut être cash en inspirant la confiance plutôt, enfin je ne sais pas t’as autant d’histoires que d’expériences.

Seb : Par exemple hier on est allé au sauna…

Carmen : Une source d’eau chaude…

Seb : Ouais enfin c’est pareil… bref c’est le lieu où les growers, les trimmeurs et ceux qui cherchent du boulot se croisent, en plus des vieux hippies à poil jéjé!!! On a croisé un groupe de français qui cherchaient du boulot, et à un moment j’entendais qu’ils parlaient à un autre gars français qui avait trouvé du boulot et le gars était là genre « ouais mais c’est facile mec, moi je me suis posé à Applegate, devant la coop’, c’est là que tous les growers font leurs courses tu vois, et les gars sont partis puis moi je tape la tchatche à un mec et en deux secondes le mec me propose du boulot, je lui dis que j’suis pas seul, qu’on est quatre et il me dit que c’est ok, faut être au bon endroit au bon moment, et avoir de good vibes quoi » ! Je ne sais pas vous mais nous on est plutôt timide et squatter toute la journée devant un supermarché… Puis t’as les conseils un peu bateau genre « fais du stop dans le coin en espérant qu’un gars du milieu ou qui bosse te prenne », ou « vas au Burning Man tous les growers y sont »… « ouais ok, bah je vais plutôt aller chercher du boulot au sauna à poil moi ! Mais merci hein… »

Carmen : Tu rigoles mais le plus drôle c’est qu’à un moment un des français nous repère, on était en train de parler avec un de nos collègues, en train de squatter dans le bassin d’eau chaude et j’imagine qu’il a grillé notre accent, « français ? du nord ? » qu’il nous dit, on répond belges, puis il nous dit « alors vous avez trouvé ? ». Genre il n’y a pas d’autres raisons d’être dans l’Oregon quoi… et le mec est à poil en plus, tranquille, détendu du gland, en face de toi, genre à l’aise Blaise dans la piscine d’eau chaude avec son sguègue qui pointe vers toi! Et toi t’es là « ok je te fixe bien les yeux mon coco, LES YEUX, dans les yeux » hihi… On lui explique que oui et lui que non. Qu’il galère depuis un mois… le mec avait fait le même chemin que nous! Mais il n’avait pas eu notre chance…

Seb : C’est horrible parce que tu ressens de l’empathie pour lui et t’es aussi fier, tu te sens un peu supérieur… j’ai honte de dire ça… Puis toi au final tu peux pas trop l’aider en réalité, au mieux tu peux prendre son numéro et le donner à ton employeur, mais le gars tu le connais à peine, tu sais pas s’il bosse bien, s’il est honnête etc. Parce que tu peux te griller… puis surtout t’es dans un sauna quoi!

Carmen : Une source d’eau chaude…

Seb : On s’en fout Carmen!

_MG_6674

VADB: Pour en revenir à Jules, c’est lui qui vous a trouvé du boulot ici?

Carmen : Non, non… en fait on s’est barré de chez lui sans qu’il ait reçu la confirmation de la meuf. Soi—disant qu’il n’en a jamais eu.

Seb : On lui a envoyé deux trois textos et après on a laissé tomber.

VADB : c’était un mytho le gars ?

Seb : On ne sait pas trop, le mec est bourré 15 sur 24, et accueille 10000 couchsurfeurs à cette période… c’est la loterie faut être chez lui lorsqu’il a du boulot.

VADB : Comprend pas il a des champs ?

Seb : On sait pas… jéjé…

Carmen : En fait on en est arrivé à la conclusion que le mec loue des terres à un grower, et/ou qu’il vend des graines. Mais on est sûr de rien. Par contre c’est sûr qu’il est dans le milieu, un jour il nous a fait comprendre de pas être là l’aprèm, on rentre vers 18h en pensant que c’est bon et il y a un gros pick up ou 4×4 blanc devant chez lui, vitres teintées, et lorsqu’on rentre il était avec des énormes sacs remplis de beuh sur le bar de la cuisine et des gars bien balèzes. Un peu plus tard pendant que j’épluchais des carottes le mec comptait sa liasse de « Franklin » (les billets de 100$ ont un portrait de Benjamin Franklin) devant moi…

Seb : Puis le gars bosse pas, a deux 4×4, une BMW, une Jaguar et une moto… sans parler de sa maison. Dans tous les cas il ne nous a pas trouvé de boulot!

Carmen : De toute façon il voulait nous prendre 10% s’il nous trouvait quelque chose!

Seb : 5%…

Carmen : Enfin ça dépendait de son taux d’alcoolémie… mais même avec cette « taxe » on aurait surement gagné plus qu’ici. Vu qu’en Oregon c’est totalement légal ; d’ailleurs l’année prochaine notre employeur va devoir faire des contrats, notamment parce qu’il va surement travailler avec une grosse boîte dont on ne dira pas le nom. Secret pro. En Californie seul l’usage pharmaceutique est légal. C’est donc facile d’acheter parce que c’est facile d’avoir une ordonnance, le médecin te la file facilement ou tu peux l’acheter pour 40$ sur Venice Beach… Mais pour faire pousser c’est pas clair, c’est une zone grise de la loi. T’as le droit à 100 plantes, mais faut les justifier avec des acheteurs, puis surtout il y en a plein qui grugent. Donc t’es mieux payé mais bon… puis en plus des flics, qui selon Jules s’ils descendent font beaucoup plus chier l’employeur que les travailleurs, c’est surtout des gangs et des voleurs dont les growers ont peur. En Oregon c’est plus tranquille. C’est les growers illégaux qui ne sont pas contents ici car le prix de la weed au black a chuté depuis que c’est légal!

The Green doctors sur Venice Beach!!

The Green doctors sur Venice Beach!!

bon ap!

bon ap!

VADB : Comment vous vous êtes retrouvés ici dans l’Oregon ?

Seb : Lorsqu’on a compris que c’était plus ou moins mort avec Jules on a décidé de se barrer, d’aller faire de la rando dans les Redwood, de se changer les idées par ce que tu passes de moment d’euphorie genre « ça va marcher » à « mais qu’est-ce qu’on fout là ? », tu déprimes quoi. Tu pensais gagner de l’argent et t’en perds, tu ne fous pas grand-chose de tes journées, et tu penses toujours au boulot ou plutôt au non-boulot, tu fais des comptes dans ta tête « si je bosse que 10 jours à 110$ et si… blablabla ». Après les Redwood, on a décidé d’aller plus au nord dans l’Oregon puisque c’était le rêve de Carmen et revenir si on avait des news de Jules ou en octobre pour retenter le coup.

Carmen : On s’est dit qu’en attendant octobre et la saison on pouvait faire du wwoofing comme ça on ne dépensait pas trop thune et surtout on faisait quelque chose de nos journées. On décide de quand même choisir une ferme dans un coin où l’on fait pousser, au cas où… On trouve une ferme pas loin d’Ashland, le fermier nous dit qu’il y a un autre wwoofeur, un allemand. Cool quoi !

Seb : La meilleure décision de notre voyage ! Avec l’allemand on s’entend bien, on lui raconte nos péripéties et là il s’écrie « trop drôle ma meuf (une fille du coin) m’a proposé hier de bosser dans la weed parce qu’elle connait des growers, je peux lui parler de vous ! » et nous genre « ne nous emballons pas, ne nous emballons pas ! ».

Carmen : Puis en deux jours on a rencontré John puis William, et on se retrouvait à devoir choisir entre deux jobs!!! Improbable!

Seb : L’un, Will, est devenu notre pote mais n’était pas du tout organisé. Le mec a des lamas, des gens qui squattent chez lui, dont une vénézuélienne qui s’appelle Carmen ! Trop drôle ! Mais il n’avait pas beaucoup de travail malheureusement. Du coup on a bossé que quelques jours, lorsqu’on avait des day off chez John.

Carmen : Là on est mort ! Ça fait 20 jours d’affilé qu’on bosse, et il nous reste une petite semaine. Aujourd’hui on a au notre première « paye », c’est pour ça qu’on est sorti boire un coup, sinon le soir on rentre, on mange, on dort!

VADB : Et vous auriez des photos, sans vos têtes dessus bien sûr, que vous pourriez nous filer pour notre article?

Seb : Euh…

Carmen : T’as des thunes pour une autre tournée?

[1] Les noms ont été changés…

us

us

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *