Graff trompette

San Francisco: 2nd part!

Mark Twain dit un jour qu’il avait passé son hiver le plus froid à San Francisco… un été. Vaille que vaille nous n’allions pas éviter SF parce qu’un moustachu du XVIIIème avait oublié sa petite laine à la maison! Malheureusement le papa de Tom Sawyer (« c’est l’Amérique, le parfum de la liberté »…) n’avait pas totalement tort. S’il fait tous les jours beau et bon, à un moment difficile d’esquiver indéfiniment le brouillard humide et le vent froid venant du pacifique ; surtout lorsque s’abriter le temps d’un café coûte un bras. Second retour sur notre séjour SF en plein air.

SF skyline

San Francisco c’est cher. Expensive. Caro. Teuer. 转包合同. غاليا. Дорого. Hors de prix quoi. Après deux burgers et deux bières au Pub Phoenix sur Valencia St, nous avons payé 45 fucking dollars. Deux shawarmas pas bons et un orangina 25$. Un sandwich thaï? 6 dolls! Alors vous vous dites “bon c’est pas grave, on va aller au super marché et se faire des petits pic-nic”. Le hic étant qu’à SF le supermarché est un concept du passé (et des banlieues). Révolu. Un truc que les génies des technologies 4.0 évoquent avec nostalgie ou au détour d’une joke. Ici il y a des “co-op” où tout est local, “organic”… et à plus de 5$. Un petit bol d’humus? 5$ man. Face aux prix vous en viendrez presque à défendre WallMart et la grande distribution! Mais c’est tellement bien présenté… Je vous jure. Exemple. Vous détestez le jus de carotte. Mais rien que le nom, Mc Gregor Farms Carotts Juice, Mt. Sasha, CA. BIM! Vous avez envie déjà un peu envie d’acheter. Puis vous regardez la bouteille de verre, elle évoque subliminalement les formes de votre grand-mère paysanne (que vous n’avez jamais eu!), sur l’étiquette une ferme au milieu de champs luxuriants et en arrière-plan une montagne au col enneigé d’où descend un petit ruisseau dont le choc de l’eau cristalline contre les rocs de granit fait un léger bruit des plus apaisant qui arrive jusqu’à vos oreilles blessées par la cacophonie citadine; et c’est si bon. Mécaniquement votre main se saisit de la bouteille, vous lisez la listes des ingrédients; “organic carotts, mineral water of the Cloud Lake, cumin from the Fair economical Hopai Proyect in Bombay India, organic brown sugar and love”… c’est une histoire à elle seule, elle vous transporte, vous chialez littéralement au milieu d’un rayon de jus de fruit une bouteille à la main. La honte vous submerge un instant mais une main se pose sur votre épaule et une chaude voie vous murmure à l’oreille “it’s ok son, that’s happen”. Un Big Lebowski vous sourit puis trace sa route derrière son caddie rempli de légumes géants et de bouteilles de vin à 25$. La honte disparait, remplacée par la sensation qu’en achetant ce jus de carottes vous participez à rendre ce monde meilleur et plus juste et tant pis si c’est 4,8$ plus tax les 16 OZ de toute façon vous ne comprenez rien aux gallons et aux « OZs »!!! Packaging is the answer. Et ça c’est avec le jus de carottes. Imaginez au rayon bière! J’en salive rien que d’y penser…

Only in the USA.....

Only in the USA…..

 

Graff Fillmore

Maisons de SF....

Maisons typiques à SF….

Parlons bière, parlons accent, parlons niveau d’anglais. Parce qu’avec tous ces hipsters et ces bières, bah commandez une bière devient un peu plus compliqué que « one beer please ». Les cartes ressemblent à celle de l’Afrique ; des noms qui font rêver mais que vous avez du mal à retenir à quoi ils correspondent. « Lusaka, c’est la capitale du Zimbabwe ou de la Zambie? L’ I.P.A c’est celle qui est fruitée ou c’est la Pale Ale? Et c’est en Guinée Conakry, Bissau ou Equatoriale que Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir? Mais la bière noire de la dernière fois, c’était une Brown Ale ou une Stout ? ». Savoir ce que vous voulez n’est que la première étape, après faut commander. Au « Saloon », bar le plus ancien de SF créé par un… français (enfin un alsacien) dont je vous raconterai sûrement l’histoire plus en détails lorsque je vous verrais en face to face, nous avons céder au chant (country rock) des sirènes en passant par hasard devant. Je commande une « Anchor Steam ». Alors sûrement que vous parlez super bien anglais et que vous auriez prononcé [ankor] comme il se doit, et bah moi non! Le serveur m’a fait répéter trois fois, plus une fois encore en me la servant du genre « Bro tu l’auras pas tant que tu prononces mal »! La dernière et non moins dure épreuve étant celle de la « douloureuse », l’addition. Bizarrement, à partir de ce moment ils n’ont plus beaucoup de problème avec ta prononciation… Astuce : aller au Beauty Bar, 2299 Mission St. La canette de Pabst Blue Ribbon (commander une « PBR ») est à 2$, 5$ avec un shot de whisky (de base). Le serveur a la classe et le bar son charme. Thanks Daniel et Rachael pour le plan! Pour les fans de James Franco, allez faire un petit tour aux toilettes des dames…

Attention spoiler! Le SF du « summer of love » n’existe plus. Si les peintures à fleurs de la rue Ashbury persistent l’esprit s’en est allé il y a bien longtemps ; les hippies d’alors n’avaient-ils pas déjà enterré le mouvement dès 1969. Alors qu’en reste-t-il ? Des magasins bien sûr! Et des cafés/bar/resto. On peut y voir des soixantenaires embourgeoisés esquisser un sourire nostalgique devant la maison de Janis Joplin et quelques ados jouant de la guitare par terre rêvant de marquer le monde comme Jimi Hendrix l’a fait (ou non, ou un peu…). On y voit surtout des touristes acheter des souvenirs rigolos et des vendeurs de weed à la sauvette. Moi j’ai kiffé me balader dans les rayons d’Amoeba Music, un ancien bowling reconverti en magasin de disques, j’ai failli aussi m’acheter un t-shirt avec les personnages des films de Wes Anderson ; mais trop hipster pour moi (traduisez trop cher (enfin pour être franc, Goyette voulait me l’offrir mais il n’y avait plus ma taille !!!)) Haight-Ashbury reste néanmoins le quartier d’une certaine contre-culture, celle de ce qu’en France on appellerait des « punks à chien ». Nous avons dû faire Haight St genre 20 fois, notamment du fait de l’oubli d’une carte de crédit garantie pour la location de vélo, ah oui parce que ça c’est de la balle. Faire du vélo à SF!

Disc Shop

Street Corner

Biker Hipster

Biker Hipster

Avant notre bike day (vous nous dites si vous trouvez que depuis que nous sommes est aux States nous abusons des « miafrye-isme », pas de problème, on est open à la critique, ok guys?), j’avoue que l’enthousiasme n’était pas là. Un peu comme lorsqu’après avoir rêvé de sortir avec une fille durant des mois, vous l’emballez enfin pendant un slow à une boom et… rien. Bah là c’était pareil jusqu’à notre « journée à vélo » (c’est mieux bike day non?). Rouler sur les collines de SF, dévaler entre la file de voitures la sinueuse Lombart St (entre Hyde St et Leavenworth St) sous les flashs de touristes piétons envieux et bien sûr… traverser le Golden Gate Bridge !!!

Inside the Golden Gate Bridge

Inside the Golden Gate Bridge

Hollywood nous ment! Nous le savions déjà avant de visiter SF, mais là c’est flagrant!!! Où le situeriez-vous le pont? Moi, je l’imaginais arrivant directement dans la ville, peut-être pas en centre-ville mais au moins qu’il relie deux zones urbaines. Et bien non. Pourtant dans les films on dirait que… mais non. Il part d’un parc, qui n’est pas le Golden Gate Park c’eut été trop facile, pour rejoindre le Golden Gate National Recreation Area et Marin City (banlieue pour bourge à bateau(x) de SF). Un peu comme si nous les français nous ferions croire que l’on aperçoit le Tour Eiffel de toutes les fenêtres de Paris! Euh… Autre mensonge, ou omission, il est quasi impossible de bien voir le pont puisqu’il y a toujours du brouillard! Et pas du superbe brouillard qui cache une partie du pont et le reste du ciel est bleu comme sur les photos… c’est d’ailleurs surement pour cela que le pont est rouge. Sinon on ne le verrait pas! Néanmoins, sur les 1786 photos prises en une semaine (je vous laisse faire la moyenne par jour!), il est possible d’apercevoir le pont sur plus de 780 d’entre elles. Deux semaines plus tard, en revenant de notre road trip dans les parcs nationaux de l’est californien et en partance pour le nord, nous l’avons traversé le pont, mais en voiture cette fois. « Je n’ai pas touché mais caressé tous mes rêves »…

Le GGB

Le GGB

Un pêcheur... et le GGB.

Un pêcheur… et le GGB.

Avez-vous vu cet épisode de South Park où Kyle et sa famille déménagent à SF? Ils se barrent de leur petite ville du Colorado car tout le monde se moque de leur nouvelle voiture, une hybride, alors qu’à SF c’est bien vu. Bah c’est la réalité, 75% des caisses sont des Toyota Prius ou je sais pas quoi. Kyle et sa famille découvrent à SF une communauté imbue de soi-même qui renifle ses pets. Il y a un peu de cela. Attention il s’agit bien sûr d’un jugement hâtif émanent d’un portefeuille trop peu garni pour la vie San franciscaine. Néanmoins les graffitis de The Mission dénoncent cette nouvelle population liée aux nouvelles technologies dont Google n’est que l’arbre cachant la forêt et qui sont les 9% protégeant les 1% tout en les critiquant et votant démocrate tous les quatre ans. Une population qui roule en effet en hybride (ce qui ne consiste en fait qu’à délocaliser la pollution vers les usines à charbon du Montana…) ou à vélo, se nourrit dans des « co-op », sort dans des brewery, prend soin de son corps et de son esprit, travaille (directement ou indirectement) dans le High Tech ou l’informatique et méprise Los Angeles la superficielle. Oui mais derrière la façade « cool » se cache une autre réalité, celle de l’inflation des loyers (30% entre 2011 et 2012 par exemple), donc expulsions, fermeture des petits commerces « locaux »… bref on connait la chanson et nous revenons au début de l’article. San Francisco est la ville la plus chère des Etats-Unis avec New York. Son côté cool qui venait, fut un temps, de sa contre-culture (beat, hippie, gay…) provient désormais de son rapprochement avec la Sillicon Valley ; rapprochement qui aurait été inimaginable avant… internet, et l’incompréhensible (à mon goût) mode geek/nerd. Déjà que je n’aimais pas beaucoup The Big Bang Theory, apologie de l’individualiste capitaliste triomphant et cool. « Quoi ? ça se passe à L.A et c’est des étudiants chercheurs? Ouais bah c’est pareil!!! Ou rêveront-ils d’aller travailler après hein? » Cela ne laisse pas tout le monde indifférent en tout cas, surtout pas les latinos de The Mission (à Chinatown c’est différent) où de temps en temps un « Google bus » est attaqué histoire de dénoncer ce phénomène de gentrification (dont notre chère Paris est un bel exemple aussi).

Vue des Twin Peaks....

Vue des Twin Peaks….

Du coup n’hésitez pas à nous contactez si vous cherchez des bons plans pour pauvres! Le Musée Mécanique en est un (si vous êtes prêts à lâcher quelques quarters dans des vieux jeux), le (faux) musée Levi’s n’en est pas un… En tout cas nous nous vengerons SF! Nous reviendrons plein de dollar$ en poche et nous ferons tout ce que nous n’avons pas pu faire, Alcatraz, se payer de bons restos, sortir au 1015 Folstom, faire du shop, filer des gros billets aux homeless, monter à Twin Peaks (mais pas à pied cette fois!), remplir notre caddie à la co-op, faire des musées, laisser des pourboires d’américain et non 10% arrondis vers le bas, voire un match des 49ers et/ou des Giants. Ou alors c’est peut être les punks à chien qui ont raison…

"C'est vrai que je suis plutôt vieux jeux"

« C’est vrai que je suis plutôt vieux jeux »

Comment conclure? Pendant une soirée chez nos hôtes, l’un d’entre eux montrait sa nouvelle application (comprendre qu’il a inventé pas acheté) consistant à avoir une vision genre « Predator » (le film). Goyette a expérimenté le côté SF de SF! Lorsqu’un ami lui demande à quoi ça sert, Thomas lui répond « à rien, c’est cool »… Alors que je pensais y trouver une seconde maison, c’est finalement au bar de hard rockeurs le Zeitghest que je me suis senti le plus à l’aise à San Francisco, c’est tout dire. J’espère que cela sera différent à Portland et/ou Seattle, si nous pouvons nous y rendre bien sûr.

Alors que nous pensions quitter SF vers le nord, c’est vers le sud et l’est que le vent nous a finalement poussés. On the road again… vers Big Sur… mais lâche nous Jack!!!

Goyette en pleine expérience geek/san franciscaine

Goyette en pleine expérience geek/san franciscaine

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