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Premier match de foot US: Les Raiders éteignent les Lights

ASHLAND, OREGON. Le temps d’un match, l’équipe de football (américain) de la Southern Oregon University (SOU) a fait oublier à ses étudiants qu’ils seraient les moins bien payés des diplômés des huit grandes universités publiques de l’Etat castor. 37300 dollars américain par an « seulement ». Samedi dernier au Raiders Stadium, SOU a décidé de se calmer les nerfs sur les pauvres « lights » de la Montana State University – Northern (MSU-N). Résultat: un massacre, une vrai « boucherie ». 82 à 9. Evidemment nous y étions. Reportage.

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Samedi 26 septembre, le soleil brille sur Ashland, petite ville universitaire du sud de l’Oregon où cultivateurs de ganja côtoient amateurs de théâtre (la ville accueille le festival Shakespeare) et brasseurs de bières. La rentrée vient à peine de commencer et l’automne tarde à venir, les familles sont de sortie, les terrasses des bars sont pleines et des petits groupes de gens se dirigent vers le Raiders Stadium, vêtus de t-shirts rouges. « Chief » Tighe O’Meara, le shérif de la ville, s’attend à une journée tranquille.

Nous arrivons au stade une demi-heure avant le début du « game », avec la sensation d’être dans un film, en mode Last Action Hero. Les américains sont comme dans les leurs (est-ce que nous aussi les français?). Les étudiants se checkent et se serrent dans la tribune qui leur est réservé, presque tous portent le t-shirt aux couleurs de raiders rappelant leur titre de champion NAIA 2014 (ligue « National Association of Intercollegiate Athletics »). Ce n’est pas la NCAA, mais ce n’est pas rien. La fanfare raisonne en tribune et nous prenons place dans la partie familiale. Trop chouette! La vue est magnifique, ce n’est pas non plus celle du Stadio Olimpico de Rampla Junior donnant sur la baie de Montevideo, mais c’est tout de même superbe. Aller, 9,5/10.

En attendant le début du match, j’essaie d’expliquer à Goyette les quelques règles de football américain que je connais, apprises surement en matant l’Enfer du Dimanche, le Plus beau des Combats, Invincible ou Longest Yard. Car je n’ai jamais sinon regardé un seul match de football, au mieux quelques highlights commentés par George Eddy (et Vincent Radureau que l’on oublie trop souvent!). Combien de fois, entrainé par les médias, j’ai tenté de veiller tard après minuit pour regarder « le plus grand évènement de l’année », « celui durant lequel une minute de publicité équivaut au PIB du Salvador » ? A chaque fois je finis dans les bras de Morphée ou sur une autre chaine du bouquet canal… sans même voir une minute du SuperBowl. De celui de l’année dernière je n’ai vu que le show de Beyonce (ou c’était celui de l’année d’avant?). Ici rien de tout cela, l’ambiance est familiale, ça bouffe des pizzas et des hot-dogs. Nous imaginons pendant ce temps les deux coachs s’emportant dans un discours d’avant match à la Al Pacino dans « L’enfer du dimanche » :

“Either we heal, as a team, or we are going to crumble. Inch by inch, play by play, till we’re finished. […]We CLAW with our finger nails for that inch. Cause we know when we add up all those inches that’s going to make the fucking difference between WINNING and LOSING, between LIVING and DYING! […]That’s a team, gentlemen and either we heal now, as a team, or we will die as individuals. That’s football guys. That’s all it is. Now, what are you gonna do?”

Aucun feu d’artifice lors de l’entrée des champions en titre, tout simplement quelques cris, des applaudissements, des encouragements et beaucoup d’amour. Bon enfant quoi. Enfin à l’américaine. Quelques joueurs mettent un genou à terre et prient, ça se tape le torse en imitant des bruits de gorilles, puis tout d’un coup tout le monde se lève, se tourne légèrement vers la gauche en posant la main sur le cœur. Le Star-Spangled Banner retentit, nous essayons de ne pas rigoler…

L'entrée des joueurs

L’entrée des joueurs

"Amen"

« Amen »

A 1h p.m. précise le coup d’envoi est donné. Moins d’une minute plus tard, Tanner Trosin et son numéro 7 trouvent d’une passe laser Matt Rezsalf dans la zone adverse. Touchdown ((TD) traduisez « but », ça vaut 6 points, 7 s’il est transformé, comme au rugby). C’est son premier TD de l’année. Le numéro 8 jubile; sa chérie Kimberley va surement le féliciter ce soir! Puis c’est tous les raiders qui vont soigner leur feuille de stats. 10 TDs en tout. JJ Lapu court 230 yards en un match et l’équipe atteint son quatrième plus gros score de toute son histoire! Coach Howard est aux anges. Il peut faire tourner, et puis ce soir au bar on va lui en payer. De l’autre côté du terrain, c’est tout le contraire. Aaron Christensen et sa jeune équipe de coachs sont perdus. Faut-il encourager ses joueurs? Les engueuler? Les consoler? Alors que nous encouragions les raiders à la base, petit à petit nous retournons notre veste et espérons une rebellions des Lights. Sur le terrain seul Zack Mc Kinley semble en vouloir et mouille son maillot 24. Jess Krahn, le quarter back des blancs est lui à la rue, sa ligne de défense aussi. A la pause les rouges mènent 62 à 3.

Trosin à la passe

Trosin à la passe

Toucdown!!!

Toucdown de Sean Tow!!!

La mi-temps au football c’est… cheerleaders!!! Depuis une semaine que je sais que l’on va au match, je réfléchis à de superbes stratégies de contre-espionnage pour mater discrètement les pompoms girls (PPG) sans que Goyette s’en rende compte. Malheureusement il y a une justice en ce bas monde, et les PPG étaient des gamines qui donnaient l’air d’avoir 15 piges! Même pas formées! Elles ressemblaient plus à Little Miss Sunshine qu’aux PPG de l’équipe des Dolphins de Miami et leur magnifique cover de « Call me maybe » de Carly Rae Jepsen’s. Pire c’est Goyette qui a pu se rincer l’œil sur les jeunes athlètes… Après un hot-dog bien gras, nous décidons de mater les troisième et quatrième quart temps côté visiteur. Avec les gens du Montana.

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"A l'attaque!!!"

« A l’attaque!!! »

Loin de la fanfare nous entendons mieux ce qui se passe sur le terrain. A chaque fois que les Lights engagent, tous les raiders qui sont sur le côté du terrain leur mettent la pression en criant « ooooooooooooooh »! Impressionnant! Ça m’était arrivé une fois à Pierrefitte lorsque je jouais au basket au PUC (Paris Universitaire Club, ouais je sais la classe), le public entourait le terrain, genre ils étaient la ligne de touche quoi (!) et nous ont charrié tout le match; ils m’avaient surnommé Sasha (allez savoir pourquoi, en référence au gars de Pokemon peut être). Le sursaut d’orgueil des Lights aura lieu à la troisième minute du troisième quart temps. Krahn réussit sa seul passe du match, Jaime Toscano est à la réception. La tribune exulte et tente bien que mal de faire croire aux joueurs que tout n’est pas perdu et qu’ils peuvent perdre avec honneur. Le père de Pete Morales, le 77 des Lights, est bien présent et se fait entendre: « Let’s go Lights!!! », Let’s go, D!!! Deeeeeeeeefense!!! ». Comme ça, jusqu’à la fin du match. Au bord du terrain, les Lights ont les mines défaites, malgré les mots que l’on devine réconfortants de Dylan Murphy, le coach des lignes offensives.

Murphy cherchant ce qu'il va bien pouvoir dire à ses joueurs

Murphy cherchant ce qu’il va bien pouvoir dire à ses joueurs

Etrange moment durant le quatrième quartant. Un des joueurs des raiders se blessent et c’est toute son équipe (sur le terrain et à côté) qui met un genou à terre le temps qu’il se fasse soigner et qu’il sorte du terrain. En mode nous sommes une équipe, t’es blessée je le suis aussi. Ça ne laisse pas indifférent. Entre cela, les cris évoqués et leur façon de s’encourager, de fêter leurs TD, il se dégage une sorte d’esprit guerrier et de groupe assez puissant. A cinq minutes de la fin du match, le natif d’Hawaii (que les américains prononcent « Kawaii ») Bobby Lum assène un dernier coup de couteau aux Lights, inscrivant par la même occasion le premier TD de sa carrière. Beau dépucelage qu’il espère poursuivre le soir même avec Jenn(yfer), la fille du coach. Les six arbitres sifflent la fin du match. Trois heures en tout, pour une seule heure effective de jeu. Mais ça passe vite. Après une énorme ligne de serrages de mains chacun retourne avec les siens. Nous regardons les gentils parents du Montana réconforter leur poulains, pendant qu’en face les raiders se réunissent en mode « un pour tous et tous pour un » avant d’entonner une sorte de chant de légionnaires finissant « SOU we are proud to be S.O.U !!! » ou enfin c’est ce que j’ai compris…

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De notre côté nous allons errer un peu au shop de SOU, mais les sweats et t-shirts sont pas top, du coup nous nous cassons en nous promettant d’inscrire nos enfants dans une équipe de sport et d’aller les voir jouer chaque week-end. Goyette se moquera des adversaires avec les autres mamans, et s’auto flatterons de la beauté des leurs tandis que les autres pères et moi emmerderons le coach à donner des directives à nos gosses qui n’ont rien à voir avec les siennes. Et puis si nos gamins n’aiment pas le sport ça sera tant pis pour eux ils iront quand même! Car nous aussi nous voulons pouvoir être en tribune et crier « Let’s go D!!! Deeeeeeeeeeefense!!!! ».

Cherchez l’intrus!

Cherchez l’intrus!

Petite surprise pour la fin, le discours d’Al Pacino. Attention ça va « chairedepouler »!!!

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