Trujillo jaune

Pérou: de Nazca à Tumbes

Nous quittons Nazca à 5h du mat’, en bus. Le stop c’est fini… Mais nous avons une bonne excuse hein! Le temps. Nous n’avons plus de temps. C’est une sensation horrible et pourtant bien connue, le manque de temps. Nous repensons souvent à Time Out, le sympathique navet avec Justin Timberlake, et à son idée aussi vieille que le flouze, « le temps c’est de l’argent ». Nous sommes le lundi 3 mai et la famille de Goyette nous attend au Mexique à 4000 bornes (à vol d’oiseau) de notre bus qui se dirige vers Pisco. Ils nous attendent mi ou fin mai. Trois semaine max donc pour traverser ce qui nous reste de Pérou, l’Equateur, la Colombie et l’Amérique centrale… Notre rêve d’arriver au Mexique à pattes s’éloigne petit à petit et nous détournons le regard… Comme nous détournons le regard de la côte pacifique qui sépare Pisco et Paracas ; des tonnes de grava, ruines de bétons, déchets jonchant le sol et de noirs oiseaux de malheur charognards. Sans parler de l’odeur des dizaines d’usines de traitement poissons.

Miracle, moins d’un kilomètre après la dernière poissonnerie géante, nous débarquons à Paracas-les-Flots, cité balnéaire transportée en 1989 par l’ingénieur Auguste Pizarro de la côte méditerranéenne française à la pacifique. Une réussite, on s’y croirait! C’est « chez nous », mais avec la touche d’exotisme qui justifie le prix du billet d’avion. Le ceviche remplace la brasucade de moules et l’escabeche la fougasse aux fritons, les artesanos argentins jouent le rôle des punks à chiens enfin, dans les petites boutiques, on ne trouve pas de chevaux mais des lamas et des bonnets péruviens à la place des bérets. La côte d’azur en Péruvie!

Sans Sour, Pisco, même sur un bateau, c'est moins rigolo.

Sans Sour Pisco, même sur un bateau, c’est moins rigolo.

Desert Riders

Nous nous rendons à l’adresse indiquée par Liam, notre chinoise de Nazca, « l’hôtel à 5 soles ». Romina, une « artisane » nous accueille, Vicento, le boss, n’étant pas là. Il s’agit d’une pièce avec trois lits superposés, des sacs et des fringues partout et une odeur de sueur mêlée à celle de weed… je ravale mon vomi histoire de ne pas paraitre trop petit bourgeois, puis nous lui demandons si nous pouvons camper dans la réserve nationale, « mais oui vous pouvez y aller à pied, ou faire du stop, c’est super facile ici en stop : tout peut arriver! ». Mais pourquoi ? Pourquoi tu dis ça? Ils sont relous les hippies artisans et toute la clique, pourquoi faut toujours qu’ils en rajoutent une couche? Goyette et moi avons une infinité de points de convergence avec ce mode de vie alternatif, dans le fond nous sommes donc sur la même longueur d’onde ; mais en fait non parce qu’il faut toujours qu’ils en rajoutent du genre « tout peut arriver en stop ! c’est la magie de Paracas » (imaginez la tête de Goyette quand la nana nous a dit ça…) et tout ça avec le petit ton synonyme de « ouais moi je fais du stop et il m’est arrivé des trucs de fou, t’es une merde si tu payes ». Puis ce n’est pas une honte de faire le ménage les gens! Nous vivons une société de l’hygiénisme, c’est vrai, les détergents ça polluent, oui… mais à moins d’être Bobby Sands ou de sa team, être crade ce n’est pas un acte de rébellion! Comme avoir un élevage de puces dans ses draps ne sauvegarde pas la biodiversité… Et cette manie de ce foutre des trucs dans le nez (et dans tous les sens du terme) et des tatouages tribaux pour finalement devenir des négatifs de hipsters bobos… c’est chiant.

Décider à ne pas dormir à « l’hôtel à 5 pesos », nous nous dirigeons donc vers la « Reserva Nacional de Paracas » ou plutôt le désert de Paracas. Après une heure et demie de marche et de vaines tentatives de stops («c’est facile » « tout peut arriver » mon cul!) nous arrivons à… l’entrée du parc. La plage où l’on peut dormir est à 10 bornes, il est 15h, nous avons déjà bu la moitié de nos réserves d’eau et la tente pèse. Afin d’éviter une fin à la Gerry, nous décidons de lever le doigt au barrage de la réserve. Un taxi s’arrête avec deux français à bord qui vont faire le tour des différents « spots à voir » dans le parc, nous leur demandons s’ils peuvent juste nous déposer à la prochaine plage ; ils nous demandent deux secondes, papotent avec le chauffeur et la sentence tombe : 30 pesos. C’est-à-dire le prix de toute l’aprèm en tax’ ; nous le savons nous venons de le demander dans le centre. « Mais va NTM mon pote »! Nous tchatchons un peu avec les « rangers » péruviens coiffés de casquettes avec toile protège nuque et décidons finalement de repousser à demain notre balade désertique. Adieu la romantique belle étoile sur la plage ; pour se consoler ce soir ça sera resto/hostel!!! Mais avant… tournée des bars!!! « Dos pisco sour por favor »²…

En face de Paracas se trouvent les iles Ballestas, qui sont balayées toute l’année par les vents océaniques et arrosées par les eaux du pacifiques mais surtout par les excréments de dizaines de milliers d’oiseaux qui y ont élus domicile. Cette matière fécale devient au bout d’un temps du guano, un fertilisant des plus efficaces. Et ça sent fort. Du bateau où nous sommes nous pouvons en sentir le parfum.

Pélican tueur. Flippant...

Pélican tueur. Flippant…

Happy Feet au Pérou.

Happy Feet au Pérou.

Plus personnes d’humains ne vit sur ces îles, mis à part un gardien qui est remplacé toutes les deux ou trois semaines ; j’imagine qu’il ne se matte pas Les oiseaux en boucle… Les vieilles structures portuaires, les îles aux formes incongrues taillées par l’érosion et la faune présente offrent un tableau surréaliste. Nous avons beau être entassés comme les sardines qu’ils mettent en conserve à quelques kilomètres d’ici, le spectacle est saisissant. Entre les pélicans, les piqueros, les guanay, le pingouins Humbolt (nom de scientifique ayant découvert l’espèce et le courant d’eau froide faisant que, par de mystérieuses réactions géologico-physiques, il ne pleuve pas sur toute la côte péruvienne et que celle-ci soit donc un énorme désert), les loups de mer et des autres bateaux miroirs du notre remplis de touristes munis de gilets de sauvetage oranges et d’énormes appareils photos ; nous ne savons plus où donner de la tête… Sur le chemin des iles au port, se dresse le « chandelier », le candeladro en V.O… autre mystère de 200 mètres de long dont nul ne sait la date de confection, sa signification, ni même ce que cela représente réellement.

ile paracs structure

La maison du vigile.

Chandelier? Cactus? Fourchette? Mystère.

Chandelier? Cactus? Fourchette? Mystère.

De retour sur terre nous filons louer des vélos et partons prendre notre revanche contre le désert de Paracas. Au début ça va. Un peu de vent, c’est chouette car rafraichissant. Puis ça se corse comme dit l’empereur. La moindre petit pente parait verticale et l’incessante répétition de petits trous commence à se faire sentir au niveau du derrière… la selle nous, pardonnez-moi l’expression, casse littéralement le cul. Mais qu’est-ce que c’est beau… Et qu’est-ce que ça fait mal… Des falaises, une plage rouge, des dunes, des 4×4 Toyota vitres teintées noirs et des plages à perte de vue autour d’une péninsule désertique… rien à dire 20/20. Nous croquons un ceviche au bord de l’eau, sous l’œil un peu flippant d’un pélican manchot. Le retour est un calvaire et mon beau fessier arrondi trahissant mes années de footballeur (S.C. Solitaires, A.S. Porte de Bagnolet, A.S. Guignol’s Band, mais faut-il le rappeler ?) fini plat comme une limande. Du coup nous décidons de reporter notre départ au lendemain et soulageons nos nalgas à gorgée de pisco sour

BIM!

BIM!

Plage de gauche... Vous l'avez?

Plage de gauche… Vous l’avez?

En route vers le Nord

Taxi-car-marche jusqu’à Lima, photo du Stadio Monumental pour Joues Rouges, départ direct pour Trujillo. Nous traçons, et ça fait mal au cœur. Nous restons sur notre faim… Nous ne verrons pas Lima, nous nous jurons d’aller à Kuelap avant que cela ne devienne trop connu, nous rêvons d’Amazonie et de Leticia… C’était le deal. Nous allons au Mexique par voie terrestre, mais ce n’est pas un voyage, c’est un trajet.

Place centrale de Trujillo; pas de blague désolé...

Place centrale de Trujillo; pas de blague désolé…

Nous nous réveillons le 7 mai à Trujillo. Le centre-ville est une pure merveille coloniale où l’on peut manger à toute heure des king kong, la spécialité locale, une pâtisserie à base de confiture d’ananas et de cacahuètes (entre autres et au choix) : délicieux! A quelques bornes de la ville se trouve la cité en terre cuite de Chan Chan ; c’est beau mais, malgré les quelques statuettes à la mode « oreilles cassées » de Tintin, un peu vide quand même.  Puis toutes les structures de protection du lieu (patrimoine mondiale de l’UNESCO) gâche un peu le tout, nous avons du mal à imaginer le lieu vivant ; et ce n’est pas le musée qui va nous aider à le faire. Le truc ressemble à une boutique soviétique de la fin des années 80… Nous croisons ce que nous croyons être des chiens mexicains, mais ici ce sont des chiens péruviens, race inca! Comme vous voulez les gars… Nous perso bon… ils sont moches, stylés c’est vrai, mais moche. Comme Dany Trejo. Quoi lui non plus n’est pas mexicain mais péruvien?…

"Maman pourquoi la statue elle a ses deux oreilles?"

« Maman pourquoi la statue elle a ses deux oreilles? »

Mur de la cité Chan Chan. en adobe (reader).

Mur de la cité Chan Chan. en adobe (reader).

De l’autre côté de Trujillo se dressent les Huacas de la Lune et du Soleil. Une Huaca n’a rien à voir avec une Shakira (un peu tirée par les cheveux la blague non?), c’est un sanctuaire, ceux-là ont été construit par la culture moche (mochica). Seule la Huaca de la luna est visitable, les fouilles sur celle du soleil ayant été interrompues faute de fonds. Sachant que c’est la plus grande des deux, et aux vues du mur sacré de la Huaca de la Luna, c’est vraiment con. Nous arrivons pour la dernière visite sans passer par la case musée celui-ci étant fermé (en plus il parait qu’il défonce) ; la guide est aussi motivée que les futurs sacrifiés des rites qu’elle nous décrit aussi succinctement que possible, genre elle au milieu d’un battle avec Scateman et Busta Rhymes mais qu’elle a décidé de chanter aussi fort que Carla Bruni. « Bon là-haut il y avait la chaman, en bas la foule, et sur la pierre que vous ne voyez pas il le sacrifiait. Hein ?! Pourquoi il le sacrifiait ? Euh pour les dieux. Ca là-bas ? Le machin ? Ouais c’est une pierre sacrée. Merci de votre attention et voici le chapeau… »

Dieu "moche"

Dieu « moche »

Temple du Soleil de la Huaca de la Luna, sur Terre...

Temple du Soleil de la Huaca de la Luna, sur Terre…

La journée fût superbe, nous avons visité, nous nous sommes baladés, nous avons rigolé, mais à l’heure du diner, face à notre 33ème assiette de poulet-riz-patate, nous nous rendons à l’évidence : nous n’irons pas jusqu’au Mexique par voie terrestre. A l’instar de Sufjan Stevens qui voulait réaliser un album par Etat nord-américain, « l’impossibilité de [notre projet de remontée terrestre de Montevideo à Mexico en 8 semaines nous] dégage de l’obligation de l’achever ». Nous commandons deux bières au bar en bois du Museo del Juego, sortons l’ordi de sa pochette et la CB de sa cachette ; un quart d’heure plus tard, les billets sont pris. C’est la première fois que je réserve un vol si vite! Nous partirons le 21 mai de Bogota. Nous sommes un peu soulagés, trinquons et buvons une gorgée de bière avant de réaliser que nous sommes le 7 au soir, ce qui veut dire qu’il nous reste 14 jours pour faire plus de 2000km. Challenge accepted! Le soir même nous voilà dans un car pour Tumbes, à écouter un évangéliste qui nous assure en criant que seul Jésus peut nous sauver.

Dans le car nous matons la fin de Fast and Furious 7 que nous n’avions pas pu voir lors d’un autre trajet, les autres films sont systématiquement coupés à la moindre scène un peu olé olé ! Sans les nichons de Jennyfer Lopez The boy next door perd réellement tout son intérêt, du coup nous regardons par la fenêtre défiler le paysage un peu plus vert à chaque kilomètre nous rapprochant de la frontière. Notre guide datant de 2010, la route pour le poste de frontière a totalement changé, nous l’apprenons à nos dépends après une heure de marche sous la chaleur accablante de Tumbes, notre dernière étape péruvienne. Un tampon de plus pour le passeport et nous voilà tout proche du pays du « buen vivir ».

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