minas

L’homme de la caverne  

Au nord-ouest de Montevideo, à 105 bornes à vol d’oiseau, 122 par la route la plus directe, 2 heures en voiture, se trouve la ville de Minas ; capitale du département de Lavalleja. Il existe plusieurs raisons de se rendre dans les parages. Le parc Salus en est une. C’est là que se trouve la source de l’ « eaumonyme » et la fabrique de la marque. Autrefois compagnie nationale, la marque Salus a été privatisée et vendue à Danone et Ambev (qui récupère la bière Patricia) en l’an 2000 tout rond. L’autre parc du coin, celui de UTE et ANTEL (les administrations nationales respectivement d’usines et transmissions électriques, et, de télécommunications), où les fonctionnaires et retraités peuvent se rendre pour quelques jours de repos bien mérités, est une des autres attractions de la région la plus montagneuse d’Uruguay avec des pics qui grimpent à plus de 300 mètres au dessus du niveau de la mer! On peut également visiter la fabrique artisanale des délicieux Alfajores (sorte de gros macarons typiquement uruguayen) de la Sierra de Minas ; le sanctuaire de la Vierge de Verdun sur le Cerro Verdún (326m!!! inutile de préciser qu’il s’agit d’un lieu hautement déconseillé aux personnes souffrant de vertige) ; ou le Cerro Artigas où se trouve un monument à … José Gervacio Artigas. Encore un? Oui mais non; il s’agit de l’ex plus grande statue équestre du monde!!! Oui oui oui! « Ex », car en 2009, les mongols ont eu la bonne idée de construire, en l’honneur de Genghis Khan, une statue équestre de 250 tonnes et de plus de 40 mètres de haut. Genre plus du double quoi… Aucun respect.

aperçu des pics montagneux au loin

Aperçu d’un pic montagneux au loin

En tant que touristes-hypsters-alternatifs, nous, on a évidemment rien fait de tout cela. Nous? Une dream-team composée de Goyette, Chingachook et Wahtah Wah (mes viejos), et moi. On arrive à Minas par la ruta 12, un magnifique trajet par les « montagnes » de Maldonado et Lavalleja. On squeeze assez rapidement la ville, direction le Cerro Arequita. Le camping complet, on se replie vers une sorte de motel à l’uruguayenne. Petite bouffe au resto du camping, achat de lotion anti-moustiques et réglage du réveil à 7h, puis dodo. En effet la journée du lendemain est chargée. Au programme, foret d’ombus, Gruta de Colon et retour jusqu’ à la capitale en passant par Las Flores pour récupérer nos valises et la tia Pocha, laissées au camping de Pino et Brenda, mais ce sont des détails dont vous vous foutez sûrement…

sur la route

Sur la route

L’ombu est, selon les définitions, parfois un arbre, parfois un arbuste, parfois une plante. En tout cas, le Phytolacca dioica ou bellasombra, est a priori une plante solitaire. Une forêt d’ombus est donc a fortiori un lieu extraordinaire et, a posteriori, on confirme, un chouette truc à voir. Le lieu, baptisé la Isla de ombues, sur le versant ouest du Cerro Arequita, semble habité d’êtres invisibles et loufoques. C’est apaisant et joli. Plein de « charmgie ». Avançant sous le toit de feuilles formé par les branches des arbres-plantes, on ne serait pas surpris de croiser un lepreucheum buvant le thé avec une fée, ou plutôt, syncrétisme oblige, un être, mi homme mi-carpincho (énorme cochon d’inde), buvant le maté avec le lobizon (loup garou du coin)… Après la ballade surnaturelle, on pensait avoir eu notre dose d’ésotérisme hippico-mystique pour la journée. C’était sans compter sur l’homme de la caverne, Gustavo Alzugaray!

La forêt de ombus!

La forêt de ombus!

Gustavo est, d’origine basque oui d’accord merci… Non, Gustavo est le proprio d’une partie du mont Arequita, et par la même occasion, de la grotte qui s’y trouve. Il est aussi entraineur de l’équipe olympique féminine de course à pied. Pas le cent mètres, mais celles qui sont longues, très longues. Genre marathon. Dans le parador El Mirador, le bar-restaurant qui sert également de point de départ pour la visite de la grotte, on peut, en plus d’apprécier une vue imprenable sur la Valle del Hilo de la Vida (oui oui, la Vallée du Fil de la Vie…), voir affichés aux murs, des photos du monsieur à Atlanta, Sidney, Athènes… pas Pékin, il était blessé. A 60 ans bien tassés, il court toujours. En effet, entre les photos de lui aux J.O., on peut l’apercevoir courant plusieurs courses dont je ne pourrais pas, veuillez m’en pardonner, citer les lieux, ni les noms. Il y a aussi des vitrines avec des médailles et des coupes. Mais ce n’est pas le sujet. Gustavo est le gardien de la caverne. Sa famille a hérité du lieu en 1890 et c’est lui qui gère désormais la grotte de Colon et une partie du Cerro d’Arequita. Entre les compètes et les Jeux, le marathonien a eu du temps pour observer cette cavité rocheuse, se l’approprier et devenir copain-cochon avec ses habitants. Ce serait un euphémisme que de qualifier d’euphémisme le fait de dire qu’il en a tiré certaines conclusions, sur le lieu et la vie en générale, pour le moins surprenantes…

Par où et quoi commencer? Peut être par souligner l’énorme boulot que Gustavo a réalisé pour que la visite de la grotte soit possible. Travail matériel et physique (superbes panneaux explicatifs!), mais aussi de recherche et théorique. Chapeau l’artiste! Je vous épargnerais les détails de la création de la grotte et du massif rocheux qui domine le cerro ; d’abord par ce que ca serait un peu chiant, puis surtout je ne m’en souviens pas. L’important est de retenir que ça a plusieurs millions d’années. Pour ceux que ca intéresse, il y a plein d’infos sur le net ; et même des vidéos[1]! Les amérindiens guaranis-charruas connaissaient ce lieu bien avant la plaque commémorative annoncant la découverte de la grotte en 1780 et des poussiéres, et s’y rendaient, selon notre guide, pour des rites spirituels. Ils l’avaient baptisé « araicuahita » ; en gros, «eaux des hautes pierres de la grotte ». Ce qui nous amène au premier mystère du lieu! Dans la grotte coule en effet de manière permanente de l’eau dont l’origine reste, jusqu’ à nos jours, inconnue… Bêtement j’aurais dit que c’était l’eau de pluie absorbée par la colline qui arrivait à la grotte mais apparemment non…

La grotte. On y pénètre par un étroit corridor transformé en escalier pentu ; une fois dedans, ou dessous, on ne voit pas sa main à cinq centimètres de ses yeux, il fait 16° celsius; toujours. Notre guide nous avait formellement interdit de parler à l’intérieur ou d’allumer quelque lumière que ce soit. Seul lui y est autorisé. Et en même temps c’est normal, ce sont les habitants de la grotte qui lui en ont donné l’autorisation. Enfin, c’est lui qui le dit, perso, je ne parle ni chauve-souris ni vampire. A l’intérieur une odeur asphyxiante nous prend à la gorge, « c’est celle dégagée par les excréments des trente milles bêtes, mais aussi du sang qui coule de leur bouche ». Ah non non non, c’est pas du tout glauque. « Si je vomis ca te dérange Batman ou comment ca se passe? ». Lorsqu’il allume sa lampe frontale, on aperçoit une grotte de taille moyenne, avec une stalagmite qui forme une sorte de pupitre. Et là c’est parti! Derrière le dit pupitre notre orateur commence. Cette grotte serait une sorte de reproduction naturelle miniature de la région et même de l’Uruguay ; située dans une zone frontalière, d’un point de vue rocheux et géographique (limite entre la plate pampa et les monts de la région), la grotte serait dotée d’un magnétisme et d’une énergie particulière. Elle aurait servi de lieu de réunion clandestine à des opposants à l’Église catholique… Manquerait plus qu’un peu de franc-maçonnerie là dedans vous vous dites? Twingo! La grotte aurait servi de lieu de rites secrets à des loges maçonniques uruguayennes, mais aussi à d’autres cérémonies occultes d’alchimie auxquelles auraient participé les deux starlchimistes locales Piria et Pitamiglio. Il manquerait plus qu’un savant fou nazi pour compléter le tableau… Bingo! En 1947 débarque, non je rigole…

Un spectacle n’existe pas sans pas public. Ce jour là Gustavo avait la crème de la crème : Chingachook et Wahtah Wah. Le premier, il se l’était mis dans la poche dés le départ en parlant des charruas, de leur savoir ancestral aujourd’hui perdu. La seconde, en parlant des hasards de la vie qui n‘en sont pas, d’énergie et de destin. Après ca, il leur aurait dit que la grotte était le garage d’un ovni extra-terrestre qui reviendrait dans une semaine pour sauver de l’apocalypse une poignée d’élus éclairés, les deux mohicans l’auraient cru et même sans doute acheté des places. Du coup, le reste du tour n’est que discussion new-wave et d’ésotérisme pablocoehlien. Goyette est à fond aussi mais prend le temps de grogner un peu « putain mec! j’ai du sang de chauve-souris plein les pompes là, abusé… » La visite se termine au bar autour d’un coca, Gustavo nous explique le sens qu’il donne a cette mission, quasi divine, de protecteur de ce « sanctuaire naturel ». Mission qui lui serait presque destiné, lui, le descendant de basques dont le nom évoque « les hauteurs (tiens comme le Cerro Arequita!) où poussent les aulnes (si si ca ressemble à un ombu…) ». La beauté, aime-t-il répéter, est á moitié dans la nature, l’autre dans les yeux qui la regardent. J’aimerais bien voir le monde avec les siens, juste une heure pour « test ».

Le cerro d'Arequita

Le cerro d’Arequita

Le puma de Salus, semble bien fade après ca, tout comme le bled de Solis de Mataojo et ces stands sur le bord de route. On arrive à Montevideo vers huit heures, après avoir déposé Pocha chez elle. Dans le lit, en se remémorant cette matinée folle j’en viens à me demander si ce n’est pas Gustavo et Pablo Lapin qui ont raison? Ce dernier ne prophétisait-il pas dans le « Manuel du guerrier de la lumière » : « Le guerrier de la lumière ne craint pas de paraître fou. II se parle à voix haute quand il est seul. Quelqu’un lui a appris que c’était la meilleure manière de communiquer avec les anges, et il cherche ce contact. Au début, il constate combien c’est difficile. Un jour, il perçoit un changement dans sa voix. Et il comprend qu’il est en train de canaliser une sagesse supérieure. Le guerrier semble fou, mais ce n’est qu’un masque ».

Si Gustavo Alzugaray court encore ce n’est plus que par plaisir, il a trouvé sa place, sur le Cerro Arequita au milieu des ombus, des chauves-souris et de tout ce et ceux qui composent son monde. Et tout les soirs, il peut regarder la (Vallée du Fil de la) Vie sans trembler; une moitié de la beauté dans la nature, l’autre, la plus jolie, dans ses yeux… Et quelque part je l’envie.

peaux de vaches

La peau de vache ou d’agneau: éléments essentiels de déco dans les maisons uruguayennes.

queso casero

[1] Je suis obligé de mettre le lien : http://www.youtube.com/watch?v=KdAw4kcy6Hc

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