punta del diablo plage

A l’est rien de nouveau

L’Uruguay est un pays plutôt étrange, non pas seulement pour ses Crocs qui sont légion et son explosion du record de quantité de viande mangée par an par habitant mais aussi pour la construction de son espace territorial. Montevideo abrite plus de la moitié de la population (!) et le reste du pays est appelé « l’intérieur » par ses autochtones. L’intérieur c’est donc des kilomètres de campagnes presque vides mais aussi une côte atlantique de sable blanc où presque partout où tu te trouves tu as un peu l’impression d’être seul au monde. Ils l’appellent « la costa » ou « el este ». Et cette costa + Montevideo ça rassemble 77% de la population ! La côte atlantique, elle commence à partir de Punta del Este, une des villes les plus moches qu’on ait croisés sur notre chemin. Truffée d’argentins refaits des pieds à la tête qui viennent faire la fête dans la ville au son de David Guetta l’été, la ville est considérée comme la deuxième station balnéaire d’Amérique latine après Cancun. « Punta » c’est hyper in ! Hyper in et hyper moche. Vraie ville champignon type La Baule mais sans petit centre mignon, les immeubles de Punta font face à la mer et sont tous plus grands les uns que les autres. Et en plus ça s’étend loin dans les terres… Un vrai cauchemar mais tout le monde adore ! Difficile à croire quand on voit le reste de la côte uruguayenne, magnifique et presque vierge…Chacun son truc.

Rambla de Punta del Este... on ne vous traduit pas hein...

Rambla de Punta del Este… on ne vous traduit pas hein…

On a été plusieurs fois faire des petits séjours sur la côte et on commence à connaître un peu avec Uncas, à chaque fois c’est un vrai plaisir même si on n’est pas non plus des fanatiques de la plage. Disons que vous ne nous verrez jamais tels des dauphins ou des rorquals (ca dépend de l’angle de vue ça va…)  dans l’eau en train de jouer à faire la planche ou manger des cacahouètes sur le sable. Bon moi ça m’est déjà arrivé avec mon petit frère de jouer pendant des heures dont une fois sur l’île chic de Porquerolles (ne me demandez pas comment j’ai atterris là je crois que c’était la première fois et la dernière fois de ma vie) où mon petit frère adoré ayant trouvé un énorme tronc d’arbre dans l’eau s’était mis dans la tête qu’on pouvait s’asseoir dessus, ramer avec des grosses branches et atteindre les yachts en mouillage un peu plus loin pour jouer aux pirates ensuite… si vous voyez ce que je veux dire. En réalité le secret espoir que les riches propriétaires nous acceptent sur leur gros bateau motivait bien sûr tout ceci… Nous avons donc ramé c’est le cas de le dire, nous sommes tombés, nous nous sommes relevés, tombés, ramés… pendant des heures et puis épuisés on a abandonné… Vous imaginez la scène…l’histoire d’une vie ! Enfin bref… Uncas lui il est plutôt du genre à te demander au bout de trente minutes :

-« on fait quoi ? »

– « bin rien on est à la plage quoi… »

– «…. »

– « prends un bouquin »

– « … »

 Il s’emm…. littéralement le mec. Bref, tout ça pour dire qu’on est plutôt rando…(et vous ? ). Mais de temps en temps on y va quand on a de bonnes raisons et il y a un mois c’était pour fêter l’annif de notre pote Laurent qui travaillait dans un hostel là-bas et puis par la même occasion fêter l’anniversaire d’Uncas. Là-bas c’est Punta del Diablo, petite bourgade de pêcheurs, hippies et surfeurs de 800 âmes environ… En été, ce chiffre quadruple, voire quintuple, voire trentuple (!), tous les jeunes brésiliens qui croient à tort que c’est moins cher de ce côté-ci de la frontière (ah ah ah ah) et les jeunes uruguayens qui veulent faire la fête en mode « cool » se rejoignent pour boirent des Patricia (bière uruguayenne) et des caipi tout l’été. Une vraie rencontre culturelle. Punta del Diablo c’est sympa, les maisons sont colorées, les plages magnifiques, tu peux acheter des boucles d’oreilles en plume ou en coco par un local cramé par le soleil et tu sens le regard de la population qui sait pertinemment que toi tu n’es pas d’ici, que tu n’es pas un amphibien comme eux, que ça les ennuie mais bon qu’en même temps c’est grâce à toi qu’ils vivent…vous voyez de quoi je veux parler. Une station balnéaire quoi. Un peu trop étendue à notre goût mais sympa.

punta del diablo casas

La légende dit que dans les années 30, la famille Rocha s’installa ici pour soigner un de ses enfants qui malade avait besoin d’air marin. A l’époque aucune route ne reliait cette partie de la côte à l’intérieur du pays urbanisé. De vrais courageux. Ce bout de terre était connu des pêcheurs du coin qui s’éclataient à pêcher des requins afin de leur retirer le foie, réputé pour être plein de vitamine A, vitamine dont avait besoin les pilotes Alliés pendant la 2nd guerre mondiale afin d’augmenter leur capacité visuelle. Grâce au foie de requin tu peux devenir un faucon, c’est le cycle de la vie si si. On continua ensuite le commerce des pauvres sélachimorphes pour l’Asie très friande en matière d’ailerons. Des familles de pêcheurs de Valizas à 40km de là migrèrent afin de participer à ce fructueux commerce, les eaux de Punta del Diablo  étant connues pour leur richesse en requins (ça donne envie de se baigner tiens.). Mais aussi en morues ! Sur le site internet touristique de la ville, un des habitants raconte qu’à l’époque le kilo de morue se vendait super bien au Chuy, village frontalier avec le Brésil. La conservation grâce au sel ayant fait son apparition, le village put devenir un village de pêcheurs commerçants.

bateaux

Punta del Diablo, portant ce nom, en raison du nombre effrayant de naufrages ayant eu lieu dans la zone à cause d’un énorme requin de 40 mètres de long qui mangeait les bateaux tout cru[1], commence alors à se transformer en village. Sur toute la côte on peut apercevoir des épaves de bateaux, un naufrage tristement célèbre fut celui de la Pinta Roja en 1979. Ce petit bateau de pêcheur disparut complètement une nuit avec à son bord un équipage de cinq personnes qui furent rejetées par la mer sur la plage de la Viuda le lendemain matin. Cet évènement marquant pour la population locale n’a jamais été élucidé, la mer était calme ce soir-là et le bateau peu éloigné des côtes. Aucun reste du bateau ne fut jamais trouvé. Brrrr…. La plage de la Viuda (la Veuve) est aussi un mystère local, au bout de cette plage on peut apercevoir une grande maison adossée au phare, certains disent qu’elle appartenait à la famille Rocha richissime qui sont les premiers habitants du coin comme expliqué plus haut, d’autres disent qu’ils étaient pauvres et que ça n’a rien à voir, d’autres disent que personne ne sait, d’autres font courir la rumeur que c’est la veuve d’une grand entrepreneur argentin qui se serait fait construire cette maison, dans un endroit normalement interdit à la construction signant un pacte avec le gouvernement uruguayen de l’époque, moyennant la protection et le maintien en état du phare… Aujourd’hui la maison appartiendrait à une famille Belge liée à une célèbre marque d’eau mais personne n’en est sûr et un grand producteur de la télé argentine aurait offert des tonnes de dollars pour l’acheter mais la famille n’aurait même pas jeté un coup d’œil à son offre…. Ce mystère fait partie intégrante du folklore local, les habitants s’amusant à raconter des histoires aux gens de passage : tout ça pour se rendre intéressant franchement ! On n’a donc pas réussi à mettre la main sur une version de l’histoire qui mettrait d’accord tout le monde donc libre à vous d’imaginer ce que vous voulez ! En 1968, une route reliant cette partie du monde au reste de l’Uruguay est construite et le tourisme quelques années plus tard viendra perturber la tranquillité des pêcheurs de requins mais amener du public pour écouter les légendes locales !

playa de la viuda punta del diablo

La plage de la Viuda..au loin on peut apercevoir la fameuse maison…..

parasols PDDC’était la troisième fois que je venais faire un tour à Punta del Diablo… la première n’était franchement pas mémorable, on était venus avec Uncas voir un pote à lui en novembre 2013. Il avait plu tout le week end, on s’était ennuyé comme des rats morts à jouer au billard, pingpong, tout ce que tu veux pendant deux jours d’affilé. Jusqu’à ce qu’au moment de partir et de payer car on avait loué une petite cabane, on cherche une tirette. Les bronzés nous disent « ah mais non ça n’ouvre qu’en décembre quand les touristes arrivent ». A croire qu’ils fonctionnent en mode troc bracelet brésilien contre poisson le reste de l’année. Je voulais jouer le jeu et leur troquer quelques carottes de tabac contre service pour faire comme dans les « Contes des mers du Sud » de Jack London avant que je me rende compte que je n’étais pas dans les mers du sud au début du XXème. Et tant mieux.  On s’est donc retrouvé à aller jusqu’au Chuy à 50km de là, endroit,  incontournable s’il en est[2]. La frontière se situe dans la ville, tu traverses une rue et tu es au Brésil. C’était donc la première fois qu’on mettait nos pieds au Brésil, une expérience magique. On tire des sous, achetons un thermos, des clopes paraguayennes et zou on repart à Punta del Diablo en bus. On arrive trempés, on paye, on repart à Montevideo. Super week end.

Cette fois ci non plus au début ce n’était pas folichon, il pleut des trombes d’eau lorsqu’on part de Montevideo le samedi matin, il pleuviotte quand on arrive à Punta del Diablo mais au final tout est bien qui finit bien ! On se fait une longue balade au bord de l’eau, respirons l’air marin, regardons les vagues s’échouées sur le sable et les surfeurs débutants s’échouant tout court. Il y a un truc à savoir à Punta del Diablo, tu ne peux pas te balader sans qu’un chien se prenne d’affection pour toi et te suive partout.  La première fois qu’on y avait été un chien trop mignon, mais quand même un peu en mode chien errant des plages tu vois, plein de dreads de sables mélangés à des algues, et la truffe pourrie, nous avait suivi toute la journée, et avait dormi sur le perron de notre cabane ! Là c’est un chien propre avec un collier et l’air un peu bêta qui nous suit. Uncas craque presque, me demande si on appelle le propriétaire… Je ne cède pas et croit en la capacité de l’animal de retrouver son chez lui seul….on croise ensuite une meute de chien et il a tellement peur qu’il n’ose plus avancer, Uncas essaye de l’appeler car ça lui fait de la peine mais le dog est paralysé sur place…Bref. Je ne crois plus du tout en l’animal mais me garde de dire quoi que ce soit de peur de voir Uncas appelé la SPA direct.

chien plage punta

Notre pote le chien…

Le soir, on s’amuse bien, mangeons le foie gras que la famille de notre pote lui a envoyé pour son annif (si ça peut donner des idées cadeau à nos familles respectives allez y pas de soucis !). Le lendemain on part à l’arrière d’un pick up pour le Parc Santa Teresa. C’est un des plus grands parcs naturels de l’Uruguay, la forteresse, coordonnées 33°58′20″S 53°32′55″O, qui le domine sur une petite colline ou petite butte cela dépend si t’es uruguayen ou pas, fut construite au départ par les portugais pour protéger leur territoire, puis fut prise par les espagnols, puis par les portugais puis par les « orientales » en 1825. 300 « orientales » se la serait approprié sans une seule balle tirée. Nous sommes alors aux prémices de l’indépendance uruguayenne, c’est la période des Treinta y tres orientales qui reprennent le pays des mains des puissances étrangères….La forteresse tombe en désuétude jusqu’au début du XXème environ. Le parc autour est assez énorme et plutôt fou, les plages sont juste incroyables, c’est vraiment beau, blanc, vide, vierge…..J’y étais allée la première fois avec mon pote Clément et en se baladant sur la plage au loin on avait vu une forme bizarre au bord de l’eau. Il n’y avait rien à des kilomètres à la ronde, on était seuls sur cette immense plage qui s’étendait, s’étendait , s’étendait alors on pensait que c’était un bout de bois. Mais arrivant plus près on se rend compte que c’est un mec sans slip mais avec un tee shirt, assis au bord de l’eau…. Bon… C’est bizarre comme rencontre tu vois t’es là tu passes il y a personne à part ce mec qui se… rafraichit. Et toi t’es là tu ne sais pas trop quoi dire.. « euh…hola ?! ». On a continué et j’ai croisé pour la première fois de ma vie un loup de mer mort. Je ne souhaite à personne de voir ça dans sa vie. 1) ca pue vraiment, c’est un énorme bout de viande de centaine de kilos en train de pourrir seul sur une plage…c’est quand même pas terrible. 2) cramé par le soleil, la chair est à vif, attaquée par les bestioles, les oiseaux tout ce que tu veux… c’est vraiment affreux.

Conclusion : la côté uruguayenne est malheureusement truffée de ce genre de bête échouée.. ne vous approchez pas.

parc santa teresa

Le parc Santa Teresa

Le parc Santa Teresa est donc un endroit inoubliable en Uruguay, idéal pour camper (pas cher car géré par l’armée uruguayenne !) ou passer la journée et manger un asado. Si vous avez des enfants ou pas vous pouvez aussi aller visiter le petit zoo trop mignon. On y a vu la dernière fois un oiseau pote avec une espèce de furet, des nandus (des petites autruches locales !) et surtout surtout une famille de carpinchos que j’ai littéralement mitraillé. C’est désormais mon cinquième animal fétiche que j’aimerais avoir dans mon jardin. Je vous donne ma liste pour des idées cadeaux après le foie gras…Alors en premier il y a les lémuriens, après les singes en tout genre sauf babouin (je prends même les gorilles). En troisième je mettrais le koala (je sais que c’est hyper violent car j’avais lu les aventures très drôles de Kenneth Cook, qui s’était fait attaqué par un koala et ça n’avait pas l’air joli à voir. Si je me souviens bien ils s’attachent avec leurs griffes sous le ventre de leur adversaire si possible et ne lâchent rien. Apparemment ils sont tellement coriaces qu’ils sont même difficiles à noyer…mais bon c’est mignon quand même. En 4 ça serait les pandas roux, vraiment ça c’est top j’hésite à le mettre en 3 mais bon.. il faut choisir c’est dur ! Et enfin maintenant en 5 les carpinchos !

carpincho 2 carpinchos santa teresa

mini carpinchoCe petit week end n’est pas finit, on est allé ensuite dans des endroits encore plus reculés sur les côtes uruguayennes où on a failli se faire attaquer par des oiseaux mais cette merveilleuse aventure fera l’objet d’un autre article !

Bonne semaine à tout le monde !

[1] Ce n’est pas vrai, c’est à cause de la houle, du ressac, des courants des trucs d’eau et de marins quoi !

[2] Ce n’est pas vrai non plus.

Pour les plus vaillants…..

loup de mer mort

us

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