Vue du Montserrat..

« Colombia, America Latina, représente »

Nous avons passé 5 jours en Colombie. Environs un et demi dans les transports et l’autre à dormir (parfois ça se mélangeait). Deux jours et demi donc pour découvrir Bogota, la ville de tous les fantasmes. Récit en quasi direct live légèrement décalé des derniers jours de la fin du début de notre prochain voyage. Sur fond de hip-hop français, sample feu Michel Berger… Vous l’avez?

« Depuis mon plus jeune âge, je rêve d’explorer le monde, la Terre, ses mystères »… et la Colombie. Et bien ça y est j’y suis! Nous n’avons pas terminé de traverser le pont que des taxis se jettent sur nous, non mais laissez-nous le temps de tamponner nos passeports! Je ne sais à quelle activité hallam s’est adonnée Goyette sur les frontières durant sa vie av. L.-C., mais le mauvais œil de liminalité est sur elle. A chaque fois qu’elle passe à la douane c’est le même rituel, « Vous venez pourquoi? Vous repartez comment ? Chez qui comptez-vous rester? Son nom de famille, adresse, téléphone, mail, fax, mensurations, nom de l’arrière-grand-mère paternelle et contenu de son frigo s’il vous plait?»… Je vous jure! Moi en général c’est «Bienvenu! Merci de visiter notre beau pays! Petit café? » et pendant qu’avec le fonctionnaire je débats autour d’un petit noir sur la possibilité de comparer Messi et Maradonna ou La Cliqua à La Brigade, Goyette doit, elle, se justifier de ne pas connaître la pointure de l’amie qu’elle visite.

montserrat 2

Finalement tout s’arrange et nous nous rendons à la terminale d’Ipiales ; à peine les sacs posés qu’un Golum colombien nous alpague d’un « pchit » des plus douteux, en mode « One Love ! Pour tous les jeunes en bas des escaliers des cités HLM ». Nous l’ignorons, il insiste, nous secouons la tête, il la hoche, nous faisons le signe universel du «non» le fameux va et viens mode essuie-glace de l’index, il nous balance un combo pchiiit+ signe « viens ici » Neo Matrix style + sourire + clin d’œil. « Bref » nous sommes K.O. et allons voir ce qu’il veut. Golumo de la cité nous propose un billet pour Cali, « pas cher », évidemment. Méfiants nous faisons un petit tour et en effet ce n’est pas cher. Nous retournons le voir et il nous fait genre «maîtres, suivez-moi maître » nous fait passer par dernière, donne un truc au chauffeur qui range nos sacs, et nous donne un vieux ticket pour une personne et jusqu’à Pasto, le prochain bled sur la route :

-« Le bus part dans une demi-heure maître, vous avez le temps d’aller manger.

– Mais euh Golumo…

– Ne vous inquiétez pas maître, todo bien!

– ouais mais bon, nous sommes deux et allons jusqu’à Cali et là c’est écrit une personne et jusqu’à Pasto.

– et?…

– Bon ok… »

Fin de la discussion, nous allons bouffer et commençons à stresser que le car parte sans nous, ou qu’il n’y ait plus nos sacs dedans, ou que l’on nous dise que le ticket n’est pas bon, surtout que Golumo semble être parti à la recherche de son précieux ayant disparu de la terminale… Puis lorsque nous attendons devant le car nous prions pour que le chauffeur ne soit pas ce mec avec des lunettes aux verres multicolores, chemise ouverte chaîne en or qui brille… mais tongues au pied à la place de stan smith, et regard pas froid mais vitreux, bourré! C’est alors que oubliant ma peur je prends la main de Goyette en la fixant droit dans ses beaux yeux, puis, citant un vieux morceaux de rap, « je crois en moi, en toi, le futur est entre nos mains, et rien ne doit pouvoir barrer nos chemins », pas même ce chauffeur de car ivre… Bon en fait ce n’était pas lui le chauffeur finalement (« ok…super ton histoire Uncas! Merci! »).

Course de cuy à Bogota!

Course de cuy à Bogota!

bogota course de cuy

Une fois dans le car, il faut batailler pour qu’on  nous laisse deux sièges à côté… « euh non moi je dois être à côté de la fenêtre pour mon asthme de l’oreille », « oui et moi ben je suis corridophobe, désolé…). Une fois bien installés, à côté, grâce au conducteur qui est intervenu, le voisin de devant allume son mini ghetto blaster mp3, qu’il n’éteindra plus du voyage (de 10h) même pendant les films ou les clips du groupe mariachi Mexicolombia. Un voyage des plus agréable donc qui se finit à Cali, à 5h du mat’ où nous devons recommencer la comparaison des tarifs afin de nous rendre jusqu’à Bogota. Il faudrait toujours négocier à l’aube après une nuit horrible dans un car colombien, ça vous donne un regard flippant avec des cernes feintant la peinture de guerre apache. Le mec de la compagnie Expreso Palmiras n’a rien vu venir :

« – (baillement) Combien pour… zzzz… Bogota celui de… zzzzz… 6h ?

-65.

– Ok salut.

– je peux vous le faire à 55, voir 50.

– (regard zombie)… zzzz…. Hein?

-45? C’est mon dernier prix, moins je ne peux pas!

– (baillement)… combien?…

– ok 35!

–  zzzzz… zzz…

-30!

– hein quoi?

-30 pesos!

– Pour Bogota?! Super ! Nous prenons!

J’ai voulu recommencer réveillé ça ne marche pas… Du coup on the bus again, 8h! Youpi! Lorsque nous arrivons à Bogota vers 17h, cela en fait 35 que nous avons quitté Quito, dont 25 de car. Les paysages sur la route sont une pure merveille, d’une douloureuse beauté car nous rappelant tout ce que nous n’avons pu voir, vivre et goûter de l’Equateur et maintenant de la Colombie… Première surprise en arrivant à Santa Fe de Bogota, le distributeur qui refuse de me filer des pesos pour « solde insuffisant »… Heureusement Goyette est là!!! Seconde surprise un flic qui nous accoste et nous dis de bien faire attention à… la police! Enfin aux faux policiers. Puis nous fait escorter jusqu’au bus par une jeune recrue à peine plus vieille que le millénaire. En attendant 20h et de pouvoir nous rendre chez l’amie de Goyette, Tania (Reyes, 237 Calle 18, 678 675 566, tania.r@gmail.com, 678 675 545, 90-60-70, Maria Eugenia, fromage, jambon, bières, eau minéral, légumes et viande hachée), nous squattons un Oxxo tranquilou. Puis le moment venu nous découvrons son petit cocon douillet, nous sommes à Bogota!

bogota centre ville

Chingachook et Wat-ta-Wah, mes parents, après leur exil de l’autre côté du grand fleuve, s’étaient retrouvés dans une réserve du sud de la France ; là ils étaient de nombreux réfugiés d’autres tribus américaines, dont deux colombiens qui deviendraient leurs amis, et un peu notre famille du sud où nous nous rendions presque chaque été. Luis de la Torre et Enrique Nosa. Mes deux premiers contacts avec la nation colombienne. Plus tard, le premier jour du lycée, je rencontrai Amaru. En cour d’EPS, alors que nous courrions autour du terrain de foot, il s’approcha de moi et me lança dans notre langue un bon « t’es indien non? ». C’est lui qui me prêta le disque solo de Rocca qui, comme nous, vivait « entre deux mondes ». Depuis lors « je représente, nous représentons, dans tout ce béton »… J’espérais secrètement rencontrer l’un des deux (ou Shakira) par hasard dans les rues de Bogota, mais ni l’un ni l’autre (ni l’autre) ne croisa notre route… Toutefois le destin a de l’humour et «sème de l’espoir pour tous ceux [qu’il] aime » tel le rappeur de la Cliqua ; ainsi à défaut d’avoir comme guide Rocca, nous eûmes le droit à Caillou! (private IHEAL joke bilingue qui plus est… désolé pour les profanes).

Bogo, bogo, Bogota!

Bogo, bogo, Bogota!

Nous sommes restés trois jours à Bogota. C’est peu, trop peu! Même pas un vendredi ou un samedi dedans, pas moyen de négocier ne serait-ce qu’un jeudi soir… Malgré tout, ayant « le panache comme bagage », nous nous sommes pas mal bougés dans la ville, avalant kilomètres de rue comme pintes de bière. Mais entre le petit confort de l’appart trop chaleureux de Tania, le spleen du road trip sud-américain finissant mêlé à la joie de savoir les retrouvailles avec la famille proche, le tout accentué par le stress de l’achat des derniers cadeaux et de ce compte mystérieusement sans fond… ce furent trois journées éprouvantes!

truc complètement fou vu au musée de l'or! c'est un casque non????

truc complètement fou vu au musée de l’or! c’est un casque non????

petites bêtes rigolotes au musée de l'or..

petites bêtes rigolotes au musée de l’or..

Néanmoins nous avons pu, dans le désordre: visiter le Musée de l’or ; y voir la preuve de la présence extraterrestre chez les indiens ;  flâner dans la Candelaria ; papoter avec une copine (pour Goyette) ; boire des bières en matant la victoire 1 à 0 de l’Indepediente de Santa Fe sur l’International de Porto Alegre (pour moi) ; rencontrer un libraire anarchiste qui connait le fils d’un pote de mes parents (Nicolas nous ne t’oublions pas ; JUSTICIA !) ; confirmer que nous adorons Botero encore plus depuis que l’on sait qu’il a accepté de donner ses œuvres à condition que le musée soit et reste gratuit ; acheter presque tous les cadeaux pour la famille ; assister à un spectacle de Mondial Cabaret et Jango Edwards (merci Tania !) ; voir un double arc en ciel du fou de Dieu ; gouter l’Oreo Cheesecake ; boire des bières ; voir en pleine rue un jeu de hasard/course de hamsters (!!!) ; monter en haut du Montserrat ; se disputer un peu et se réconcilier  ; ne rien comprendre au système de ticket de transport de Bogota ; boire (encore) des bières (mais artisanales) ; être témoin d’une mini révolution étouffée en une heure par la police à l’UNAL (l’une des seules facs publiques colombiennes) ; découvrir une librairie dans une énorme baraque avec des bouquins partout où l’on peut fumer à la fenêtre du troisième étage (enfin selon Caillou) et où j’ai trouvé un livre sur mes ancêtres mohicans (yeah !) ; critiquer les hipsters et refaire le monde et le tour des ragots avec Caillou ; faire les puces de la Carrera 7 qui est piétonne la journée ; perde ma casquette John Deere ; voir plus de flics en trois jours que depuis le début de notre voyage ; apprendre plein de choses et d’anecdotes sur Bogota et la Colombie (merci Caillou !) ; boire UNE bière et oublier plein de choses et d’anecdotes sur Bogota et la Colombie ; être surpris par l’architecture super british (enfin selon nos critères d’évaluation) de certains quartiers de la ville ; régler mes problèmes de carte bleue ; prendre une photo du Stade Nemesio Camacho « El Campín » pour Joues Rouges ; flipper un peu en voyant la tête de certains colombiens puis se rendre compte qu’en fait c’est méga safe Bogota ; galérer pour trouver la librairie française de la ville pour finalement ne rien acheter et tomber sur un gros con de libraire; traverser 34 fois la carrera 7… Bref, nous n’avons pas chômé!!! Pourtant la liste de ce que nous voulions faire, ou plutôt ce que nous allons faire lorsque nous reviendrons est encore plus longue… Oui nous allons revenir! Car nous voulons ressentir à nouveau « l’allégresse d’outre-tombe » comme dit Rocca, de cette ville du « capitalisme sauvage » citant Caillou, et qui a l’air «quand même bien chouette non?! », dixit nous…

musee botero 1

Adam et Eve vu par Botero…

La révolution à la fac

La révolution à la fac

la révolution à la fac 2!

la révolution à la fac 2!

La super librairie top!

La super librairie top!

Jeudi 21 mai. Ni le soleil ni l’ami Ricoré ne sont levés lorsque nous remercions Tania pour son accueil avant de grimper dans le taxi pour l’aéroport. Il y a plus de 45 jours nous quittions Montevideo avec un objectif trop grand pour nous. Comme me l’a dit des centaines de fois le rappeur franco-colombien « chico, le monde est devant toi n’attends pas qu’il débarque», nous embarquons donc sans regret à bord du vol 95149 de la compagnie Première Classe, destination Mexico D.F. Mais c’est surtout vers l’inconnu et nos rêves que nous nous envolons car le cocon familial mexicain n’est qu’étape, vers quoi? Mystère. Quelqu’un a dit un jour quelque part (surement un vieux chinois il y a très très longtemps en Chine) que le chemin était plus important que la destination ; j’en sais fichtre rien. En revanche ce que je sais c’est que j’ai envie de dédier cet article à tous les jeunes de l’Univers, mais aussi à Rocca, Luis, Enrique, Tania, Amaru, Caillou, Michel Berger, Goyette, Joues Rouges, Chingachook, Wat-ta-Wah, Golumo…  mais surtout pour tous les jeunes de l’univers, ce message universel : « Avançons d’une case nos pions, unis, nous sommes la lumière du chemin où nous allons ». Yo! Solo scratch.

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