titicaca 5

Bolivie: de Cochabamba à Copacabana

Il fallait bien qu’on finisse par partir de Cochabamba quand même… C’est donc un mardi matin, huit jours après notre arrivée, qu’on s’est motivés à reprendre la route de la mort qui tue: direction La Paz en passant par l’Altiplano. Quand tu arrives sur ce haut plateau venteux, un certain sentiment d’apaisement, voire même de joie, repointe le bout de son nez chez toi. Plus de précipices! Plus de ravins ! Plus de virages en aiguilles avec des bus qui doublent sans aucune visibilité devant ! Youpi, tu peux enfin respirer sans faire le signe de croix (merde c’est par la droite ou par la gauche qu’on commence ?) à chaque tentative de dépassement de camion du chauffeur.

vendeuse LApaz

Tu es sur l’Altiplano. Une des plus hautes régions habitées au monde, pourtant il n’y a franchement pas foule à l’horizon. Les villages anarchiques qui ne font qu’un avec le paysage se succèdent, quelques touffes d’herbes se battent en duel, et quelques alpacas et chiens errants apparaissent parfois au loin. Dans le fond, la Cordillère des Andes se dessine par temps clair. La route nous mène jusqu’à El Alto, banlieue collée à La Paz qui a littéralement explosée ces dernières années. Un mec nous dit que c’est la ville qui s’est le plus étendue en Amérique latine depuis cinq ans ! C’est aussi la ville de plus de 100000 habitants la plus haute du monde (4150 au-dessus de la mer) et la troisième ville du pays. C’est par là que nous faisons notre entrée à La Paz ; ou Chuqiyapu en aymara. Et quelle entrée ! De mon premier voyage dans le pays en 2003, c’était une des visions qui m’avait le plus marqué : la descente dans la capitale en arrivant d’El Alto. Cette fois-ci non plus, je n’ai pas été déçue, la vue est magnifique ; toute la ville s’étend dans la vallée et les montagnes et leurs neiges éternelles forment la toile de fond. Il y a plus dégueulasse à regarder je vous assure. Sauf que tout est…marron ! Les boliviens payant moins d’impôts s’ils n’ont pas fini leur maison, ce sont des ribambelles de petites baraques en briques, avec faux étages ou fausses pièces pas encore construites qui se déploient sur les flancs des montagnes. Le spectacle n’en est pas pour autant moche hein, faut pas croire, mais c’est vrai qu’imaginer tout cela en couleur fait rêver. Enfin, La Paz est une ville tellement incroyable (petites ruelles en pente, des dénivelés de 1000 mètres, vue spectaculaire sur les montagnes à chaque coin de rue) qu’elle fait partie depuis 2014, des sept nouvelles villes merveilles du monde. Et oui rien que ça.

immeubles La PAZ

On squatte la première nuit chez une friend de la mum d’Uncas. Le lendemain on prend le téléphérique pour aller sur El Alto et regardons la vue entourés de gamins qui nous hèlent « How are you ? » dans la rue. Le téléphérique : une idée géniale qui s’est imposée aux urbanistes. En effet, le métro était difficilement réalisable pour rejoindre la banlieue d’El Alto et le tramway dans les rues étriquées de la ville…n’en parlons pas. Trois lignes de téléphérique ont donc été construites pour le moment, elles se marient parfaitement au paysage urbain et en plus d’être un moyen de transport original, leur accès est peu coûteux. Un succès quoi.

telepherique LA PAZ

Le téléphérique trop classe!!

De là, nous nous baladons dans le centre-ville en errant plus qu’autre chose ; nous n’avons pas de plan, pas de guides, rien du tout… On atterrit par hasard dans la rue Jaen, rue commerçante touristique où chaque magasin vend exactement le même pull et la même réplique de peluche lama à poil blanc. On monte ensuite jusqu’au mirador Kili Kili assez difficilement puisqu’on se perd dans les milliers de ruelles qui font le charme de la ville. Et ça grimpe sec en plus, la septième crise cardiaque se fait presque sentir. De là nous partons vers le musée des textiles qui s’avère être fermé puis vers le musée d’ethnologie. Si vous passez par là on vous le conseille, surtout si vous aimez les bonnets et les masques de Carnaval, ils en ont une super collec !

linges La PAz

La Paz c’est aussi la ville des cholas paceñas (de la Paz). Ces petites bonnes femmes aux costumes tous plus beaux les uns que les autres sont en nombre dans les rues de la ville. On les reconnait facilement avec leur borsalino (chapeau melon) qui couvre leurs longues tresses parfois vraies, parfois fausses et leurs jupes et jupons qui font de leur corps de potentiels modèles pour Botero! C’est parfois trop drôle de voir que sous ces énormes jupes se cache une paire de toutes petites cannes ! Le terme cholita, viendrait de « cholo », terme péjoratif désignant les métis pendant la colonisation.

Chapeaux melon et messes basses..

Chapeaux melon et messes basses..

Cependant, il qualifierait plus aujourd’hui une catégorie sociale en pleine expansion : une population urbaine venant des différentes vagues de migrations rurales et indiennes aymara dans la capitale. Le terme a toujours surfé entre deux eaux, ainsi, « la catégorie chola paraît marquée par la tension de l’entre-deux, occupant un espace charnière entre deux mondes, deux cultures, et ce jusqu’au XXe siècle. L’émergence de la figure de la chola représente non seulement une rupture de la dualité Indiens versus Espagnols-créoles, en relation avec l’émergence de nouvelles activités économiques et sociales, mais aussi l’interférence de valeurs entre ces deux mondes et la création d’une identité conflictuelle qui porte en son sein simultanément la ‘tradition’ et la ‘modernité »(Barragán 1997 : 61). La tradition et la modernité, l’éternelle dualité qu’on nous rabâche à toutes les sauces. Quoiqu’il en soit les cholitas sont bien implantées dans le paysage urbain, vous pouvez les admirer dans des combats de catch dans certaines salles de sports d’El Alto ou de la Paz, dans des matchs de handball ou encore à l’école de mannequinat. Elles sont aussi très représentées à la télé, dans la musique mais aussi en politique. Evo aura au moins réussit cela : rendre sa fierté aux indiens du pays. Bref ! plein de belles choses à voir dans cette ville où l’eau pure bout à 87 degrés environ! Mais comme nous avons trop trainé à Cocha nous sommes pressés comme lapin blanc et devons quitter la capitale bolivienne après une seconde nuit dans un hôtel, direction le nord.

Ca cherche à taffer dans les rues de la capitale..

Ca cherche à taffer dans les rues de la capitale..

Esquina de La Paz

Esquina de La Paz

Coiffeur EL ALTO

Visages d’El Alto

Mamani mamani, artiste bolivien.

Mamani mamani, artiste bolivien.

A près de 4h de route de La Paz, on peut commencer à voir le fameux lac Titicaca. La légende raconte que les hommes vivaient paisiblement dans cette région entourée de montagnes, qui leur fournissait nourriture abondante et eau. Les Apus, les dieux des montagnes, n’interdisaient qu’une seule chose aux Hommes : monter aux sommets où brûlait le feu sacré. Pendant longtemps, personne ne pensa à enfreindre cette règle jusqu’à ce qu’un esprit malin, lassé de voir tant de bonheur et d’harmonie, demanda aux hommes de prouver leur courage en grimpant aux sommets. Ces derniers, faibles et vils, s’exécutèrent. Dommage pour eux, car à mi-chemin les Apus plus que veners commencèrent à les exterminer à coups de morsures de milliers de pumas qui sortirent des cavernes aux alentours. Voyant cela, Inti, le dieu du Soleil, commença à pleurer. Il pleura tellement qu’en quarante jours il réussit à inonder toute la vallée le gonz ! Seulement une femme et un homme réussirent à se sauver et quand le soleil brilla de nouveau ils aperçurent au milieu du lac tous les pumas qui s’étaient noyés et transformés en pierre. Ils appelèrent alors ce nouveau lac : Titicaca, le lac des pumas de pierre. Chouette non ? Je kiffe les légendes.

De Copacabana

De Copacabana

Lac navigable le plus haut au monde, ses eaux bleues pourront facilement vous envoûter. Par contre Copacabana, le village le plus connu dans lequel séjournent les touristes…pas vraiment. Super spot touristique où s’entassent les restos à 30 bolos le repas écrit en anglais sur des tableaux noirs, la ville n’est pas l’endroit le plus sympathique de Bolivie, loin de là. Les rues sont remplies d’agences touristiques qui peuvent t’amener partout du Salar à Arequipa à Cuzco au Pérou, de maisons de change et de pulls boliviens que tu retrouves de La Paz à Bogota en passant par Quito ! Si vous pensiez être original avec votre pull bleu en poil de lama qu’un pote vous a ramené de Bolivie bin vous ne le serez pas ici. Tout le monde a le même pull. Même moi (mais faut pas le dire !). Bref pas terrible. A part l’Eglise, magnifique, et le petit chemin de la croix qui te permet d’avoir une vue sympa sur le lac…circulez il n’y a rien à voir.

L'église de Copacabana

L’église de Copacabana

chemin de la croix Copacabana

Le chemin de croix super crevant pour avoir une vue sur le lac..bien méritée!

Pour ceux qui ont le temps, essayez d’aller dans d’autres villages du coin, je pense que ça vaut vraiment le coup. Ou bien camper sur l’Isla del Sol, tout simplement superbe. Enfin, on ne savait pas trop tout ça donc c’est de là qu’on est partit faire notre petit tour touristique pour l’Isla del Sol justement. Morales s’était recueilli là-bas avec des milliers d’autres personnes le 21 décembre 2012. C’est un peu LE lieu de la cosmogonie bolivienne, Pachamama et compagnie. En effet, au nord de l’île, où on a commencé la rando du chemin de l’inca (chemin que prenaient les pélerins dans le temps et qui portait parait-il l’humble nom de « Route sacrée de l’éternité du Soleil ») qui surplombe toute l’île (au rendez-vous paysages superbes, eaux bleues turquoises, et vue sur les Andes..), se trouve la ROCHE SACREE. Rien que ça ouais ! L’occasion pour nous de vous raconter une autre légende (on vous a dit on kiffe!). En fait Inti, le dieu du soleil, créateur du monde si vous avez suivi, regardait la terre tranquille et ce qu’il y vit le désespéra complètement (je te raconte pas comment il serait dans tous ces états maintenant…). Misère, sauvagerie, les hommes et les femmes vivaient dans un état permanent de dispute, ne connaissait pas l’agriculture ou les outils et n’avaient mis en place aucune règle sociale pour vivre en harmonie dans le meilleur des mondes. Devant cette situation catastrophique, Inti, ni une ni deux, décida d’avoir deux enfants (zioup là !) qui apprendraient aux Hommes les fondements de la civilisation. Ralalala ces Hommes alors, faut tout leur apprendre. Pour cela, Manco Capac et Mama Ocllo virent le jour sur une petite île du lac Titicaca, au niveau d’une certaine roche maintenant sacrée. Ces deux-là firent un travail incredible (!) et plus tard cherchèrent un endroit qui pourrait être le berceau de l’empire du soleil. Ils fondèrent alors Cuzco, centre politique de la culture inca, incas qui ont envahi et réduit à l’esclavage de nombreuses autres tribus indigènes et ce de l’Equateur au Chili actuels. Nice. Bref, l’endroit est super et rempli d’une énergie assez particulière. Vraiment, c’est the place to stay si vous passez dans le coin. Nous perso on aimerait bien y retourner avec beaucoup beaucoup plus de temps. A vous de voir quoi, les photos parlent d’elles-mêmes.

Trop beau number 1

Trop beau number 1

Trop beau number 2

Trop beau number 2

Trop beau number 3

Trop beau number 3

Enfin, tel Manco et Mama, on s’est ensuite dirigés vers le nord et le Pérou, en bus, serrés comme des sardines. La nuit tombait à la fois sur le lac et notre séjour bolivien, lorsque le bus nous déposa, nous et nos frères et sœurs touristes à pull lama, devant le poste de frontière. Dans quelques minutes nous serions au « vrai » pays des incas, nous demandant si l’eau du Titicaca est plus bleue chez le voisin.

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